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2011, Odyssée de la science et de la SF

vendredi 7 janvier 2011, par Eléonore Quesnel

« Science et Fiction, aventures croisées » à la Cité des Sciences met en lumières les rapports intrinsèques entre les œuvres de SF (bande dessinée, littérature, cinéma...) et les découvertes scientifiques. Une exposition pas seulement réservée aux fans de Star Wars...

Envoyer trois gentlemen sur la Lune en quatre jours ? C’était l’idée folle, quoique quelque peu prophétique, de Jules Verne, en 1865, dans son roman De la terre à la Lune, plus de cent ans avant que les hommes alunissent. La science-fiction a ainsi toujours été en avance sur son temps. Si des découvertes scientifiques toujours plus sidérantes ont influencé légion d’écrivains, ces derniers ont eux esquissé de leur plume un futur pas si lointain, à l’instar d’Aldoux Huxley, qui en 1932 dans Le Meilleur des mondes voyait déjà le clonage se profiler, six décennies avant la chèvre Dolly !

Voyages dans l’espace et le temps

L’exposition « Science et Fiction, aventures croisées » de la Cité des Sciences se propose de mettre en parallèle découvertes scientifiques et œuvres de fiction. L’émouvant Voyage dans la Lune (1902) passe en boucle sur un écran. On apprend qu’un an après la sortie du chef-d’œuvre de Georges Méliès, Constantin Tsiolkovsky, considéré comme le père de l’astronautique moderne, présente son équation dite de la roquette : un appareil peut accélérer en expulsant vivement une partie de sa masse dans la direction opposée. Un peu après, Einstein y va de sa théorie de la relativité, qui met sans dessus-dessous le concept de l’espace-temps. H. G. Wells, lui, n’a pas attendu la découverte du savant moustachu pour livrer son roman avant-gardiste sur les voyages temporels, La Machine à explorer le temps, en 1895...

Photo : Un fier soldat de La Planète des Singes

Justement, observons un peu ces machines qui parcourent l’espace aussi vite qu’un Terrien qui aurait aperçu Alien dans sa salle de bain. Ici, c’est la maquette originale de l’engin de 2001, Odyssée de l’espace, le Discovery, qui est présentée. Là, c’est le Viper de Battlestar Galactica, d’une demi-douzaine de mètres de long, qui trône au centre de la pièce. À côté, un robot bien réel : un modèle réduit du Viking, resté six ans sur Mars à la fin des années 70. Pour les intrépides, un simulateur de vaisseau spatial permet aux visiteurs de jouer les Capitaine Spock.

Une terraformation nécessaire

Les explications historiques et scientifiques accompagnant ces pièces de collection sont de véritables machines à casser les rêves de tous les frustrés de la voiture volante. L’exposition, découpée en plusieurs thèmes (comme l’exobiologie, la colonisation des planètes, le voyage dans le temps) présente des œuvres fameuses de SF puis nous explique ensuite que dans la réalité, beaucoup d’actions décrites sont physiquement impossibles. Il faudrait en effet des milliers d’années-lumière pour effectuer le moindre déplacement au-delà de notre système solaire... Même si on allait très vite. Inévitablement, les pauvres passagers de Jules Verne auraient été écrasés dans leur obus pendant leur voyage vers la Lune. Et Vin Diesel et le reste de l’équipage de Pitch Black n’auraient pu survivre quinze secondes sans masques à oxygène sur leur planète inhospitalière...

En parlant de combinaisons, il y a là tout un attirail qui ferait faire une syncope à n’importe quel trekkie (fan de Star Trek) qui se respecte : élégants uniformes des membres du vaisseau Enterprise, curieux vêtements d’Abyss, vestes en cuir stylisées de Néo et Trinity de Matrix, habits traditionnels des primates de La Planète des singes... L’équipement dernier cri de l’armée française présenté ici, le FELIN (fantassin à équipements et liaisons intégrés), notamment doté d’une tablette tactile, n’a rien à envier à celui des policiers du Cinquième Elément.

Un fois que vous aurez revêtu votre plus belle combinaison et aluni (on peut d’ailleurs s’y entraîner pendant la visite grâce à une simulation) ou « amarsi », il vous faudra rendre la planète un minimum habitable en y installant une base terrestre durable avec de l’eau, de la végétation, une atmosphère... C’est la « terraformation » ou « biosphérisation », méticuleusement décrite par Ray Bradbury en 1950 dans ses délicates Chroniques martiennes ou par Brian de Palma dans son ridicule Mission to Mars.

Il vous faudra aussi des robots pour vous seconder. À côté du véritable R2-D2 et d’une réplique de son inénarrable acolyte C-3PO, un androïde explique aux visiteurs les règles élémentaires de la robotique, définies par Isaac Asimov (un robot doit toujours faire en sorte de protéger et d’obéir aux humains, tout en se protégeant lui-même).

Uchronies et dystopies

Enfin, attention aux planètes déjà habitées : elles peuvent être en proie à l’anarchie la plus totale, comme... la Terre, dans New York 1997. Les auteurs de SF ont le loisir d’inventer une réalité alternative — l’uchronie —, comme l’a fait Philip K. Dick avec Le Maître du Haut-Château, en imaginant Hitler victorieux. Il y a aussi le genre de la dystopie, contre-utopie cauchemardesque dont 1984, de George Orwell, est un exemple parlant.

Vous savez désormais comment devenir un voyageur intersidéral responsable, prêt à embarquer sur la ligne Virgin Galactic. Reste à faire les bons choix concernant des problèmes éthiques (clonage, nanotechnologies, prolongation de la vie, connexion permanente...) qui seront, et sont déjà pour certains, bientôt une réalité.

Photo : Le vrai RD-D2 a fait le déplacement

Exposition « Science et fiction, aventures croisées », à la Cité des Sciences de la Villette jusqu’au 3 juillet. 8-11 euros. Ouvert du mardi au samedi de 10h à 18h et le dimanche de 10h à 19h.

Texte et photos : Eléonore Quesnel

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