Le cinéma français tourne une page de son histoire. Le réalisateur, acteur, scénariste et producteur Claude Berri est décédé lundi matin des suites "d’un accident vasculaire cérébral" à l’âge de 74 ans. Admis à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris, dans la nuit de samedi à dimanche, le père du producteur Thomas Langmann était en train de réaliser son vingtième film, ‘Trésor’, comédie interprétée par Mathilde Seigner et Alain Chabat.

"A ma mort, en voyant mes films, on pourra me connaître, savoir l’enfant, l’adolescent et l’homme que j’ai été", écrivait cette figure incontournable du cinéma hexagonal dans son ‘Autoportrait’ publié en 2003. Né le 1er juillet 1934 à Paris, Claude Berri a été l’un de ces cinéastes qui dévoilent leur vie à travers l’œil d’une caméra. Révélé par ‘Le Poulet’ en 1962, court-métrage couronné d’un Oscar et un prix à Venise, le réalisateur entame une série de longs-métrages autobiographiques cinq ans plus tard. L’adolescence (‘La Première fois’), ses relations avec son père (‘Le Cinéma de papa’), le service militaire (‘Le Pistonné), sa liberté sexuelle (‘Sex-shop’), sa rupture avec sa première femme, Anne-Marie Rassam (‘Je vous aime’), ou encore la mort d’un fils (‘L’un reste, l’autre part’) sont autant d’étapes de la vie d’un homme pudiquement exhibitionniste. ‘Tchao Pantin’ (cinq Césars), ‘Jean de Florette’ ou encore ‘Germinal’ et ‘Lucie Aubrac’ scellent définitivement le talent du metteur en scène.
"Je n’ai jamais travaillé dans ma vie, je m’amuse", affirmait le cinéaste qui comprend vite qu’il doit créer sa propre maison de production, Renn, pour réaliser les films qui lui tiennent à cœur. Voué à une carrière de fourreur lors de son enfance, Claude Berri est devenu l’emblème d’un cinéma français ambitieux. Véritable touche à tout du 7e art, le producteur alterne comédies populaires (‘Astérix et Obélix contre César’ de Claude Zidi), cinéma d’auteur (‘L’Homme blessé’ de Patrice Chéreau) et des projets ambitieux comme ‘L’Ours’ de Jean-Jacques Annaud. Preuve de sa main mise sur le grand écran, celui qu’on surnommait "Le Dernier Nabat" est aussi à l’origine de ‘Bienvenue chez les Ch’tis, le plus grand succès du cinéma français.
Véritable amateur d’art contemporain, Claude Berri a utilisé l’argent remporté par ses films pour exposer ses propres collections : d’abord en 1991 avec sa galerie Renn Espace, située rue de Lille à Paris, puis en 2008 avec L’Espace Claude Berri, au cœur du Marais. "Je veux continuer à partager cette émotion, ce besoin du regard des autres, pour renouveler ma propre vision des œuvres", affirmait-il lors de l’ouverture de ce dernier.
Comme un symbole, le tournage de ‘Trésor’ ne devrait pas être interrompu malgré la disparition de ce monstre sacré du cinéma. A l’heure où tout le cinéma français pleure son grand manitou, la déclaration de Coluche lors de sa remise du César du meilleur acteur pour ‘Tchao Pantin’ en 1984, revient en tête : "Je remercie Claude Berri… comme tout le monde".