Ce samedi, la petite salle surchauffée et odorante de Nanterre accueille un cours de catch, comme 3 fois par semaine. Anne-Sophie, 26 ans, alias Little Stormy, explique : « Quand je suis arrivée il y a 2 ans et demi, on était 8. Et aujourd’hui... » La salle pleine et les caméras de M6 et France 2 sont braquées sur les sportifs. La raison de cet engouement ? Probablement la diffusion des matchs sur la TNT. « Regarde Maman ! » implore un gamin en en faisant tourner son compère comme une toupie. Un gros balèze tatoué serre la tête d’un jeune homme, qui peine à répondre à la question d’un journaliste : « En fait, tu aimes avoir mal, non ? » Sur le ring, on s’entraîne à se jeter dans les cordes, à faire des pirouettes aériennes qui se soldent par de bruyantes dégringolades. Anne-Sophie porte un bonhomme avant de le jeter à terre. Les catcheuses rient. « Femme ou homme, on est tous traités à la même enseigne ». Certains coups sont réels, comme l’atémi, grosse claque sur le torse. Si c’est censé être « pour de faux », ça fait tout de même mal. Pour gagner un match, on doit maintenir son adversaire au sol plus de 3 secondes, sans que celui-ci touche une corde. Ici, pas d’effusion de sang comme dans le film The Wrestler, où on utilise par exemple un pistolet à agrafes. « Nous, on n’utilise pas d’accessoires. Enfin si, une fois je lui ai mis un coup de plateau. Et c’était le coin, en plus ! », affirme la Petite Tempête en désignant un collègue, avant de rentrer se reposer en vue du gala du lendemain.
Studio Jenny, Nanterre. Des parents en frocs de skaï affublés de bambins masqués font la queue pour payer leur place à 16 euros. Les enfants sont au 1er rang, même s’ils n’y sont pas autorisés. Les catcheurs font leur entrée accompagnés de pom pom girls. « Il y a toujours un gentil et un méchant », explique Anne-Sophie. Pour le premier combat, ce sera le Joker, hué, contre un gentil, Mephisto. L’arbitre aussi a son propre personnage : ici, « le Fayot ». Le Joker, blagueur, sort du ring pour empêcher l’arbitre de compter et signer la fin du match. Enfin, Mephisto met sa pâtée au Joker. Puis viennent les parties à trois. Les deux méchants catcheurs s’allient généralement contre le gentil. Little Stormy, habillée en cow-girl, soutient le méchant Bandidas. Toujours de mauvaise foi, elle crie à l’arbitre qu’il y a triche. Le public la siffle, un enfant braille : « Va faire la vaisselle ! » Le gentil parvient sans surprise à enchaîner les deux types l’un après l’autre. Les autres matchs se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Le catcheur Tsing Tao agonise à terre dans l’indifférence générale – tout le monde pense que c’est feint, mais il a vraiment mal. On vient à son secours avec la trousse à pharmacie. Le public crie face aux injustices simulées, aux coups, aux sauts. Tous soutiennent toujours le même lutteur, le gentil. Il n’y a que Little Stormy pour supporter Bandidas, remonté sur le ring, qui gagne finalement.