jeudi 7 janvier 2010, par Pauline Riglet-Brucy
Pour 869 millions d’euros, la France achète en août dernier 94 millions de doses de vaccins contre la grippe A. L’objectif est alors de proposer la vaccination à l’ensemble des Français, à raison de deux injections par personne. Mais le 20 novembre dernier, l’Agence européenne du médicament annonce qu’une seule dose suffit ! Premier couac d’une longue série noire : s’en suivront une campagne de communication incomprise par les Français et, du coup, jusqu’à fin décembre, des gymnases réquisitionnés pour l’occasion pour se faire vacciner étrangement vides…
Résultat : avec seulement 5 millions de Français vaccinés et 9 millions de doses gracieusement offertes à l’OMS, la France se retrouve donc avec un excédent de près de 80 millions de vaccins. Nouveau rebondissement début janvier : au nom de « l’intérêt général », Roselyne Bachelot demande au directeur général de l’Etablissement Public de Réponses aux Urgences Sanitaires (EPRUS) de résilier unilatéralement les contrats concernant 50 millions de vaccins sur les 94 millions de doses commandées aux différents laboratoires (Sanofi Pasteur, GlaxoSmithKline, Novartis et Baxter international). Aussitôt dit mais pas aussitôt fait, l’EPRUS se démène actuellement pour trouver une solution juridique viable.
Resteraient donc 30 millions de doses dont il faudrait se débarrasser. Du côté du Ministère de la Santé, on annonce que 300 000 auraient déjà été vendues au Qatar et que 2 millions d’autres devraient l’être à l’Egypte. D’autres négociations sont actuellement en cours avec le Mexique et l’Ukraine mais, manque de chance, l’Allemagne est déjà sur le coup. La France ne veut pas perdre un sou dans cette affaire et prévoit de revendre les vaccins au prix coûtant, allant de 6,25 à 10 euros, en fonction des laboratoires, du moins officiellement. « La mesure tardive de la France pour revendre son surplus de vaccin risque de tourner à la braderie » estime le député Jean-Marie Le Guen, spécialiste au PS des questions de santé. Soutenu par le Nouveau Centre, il vient de réclamer l’ouverture d’une enquête parlementaire pour faire le bilan de cette campagne de vaccination ratée. Quoi qu’il en soit, que les doses en surplus soient offertes, rendues ou revendues par la France, les grands vainqueurs de l’opération sont les grandes firmes pharmaceutiques. Et elles sont d’ailleurs étrangement discrètes en ce moment…