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Demjandjuk face à l’Histoire

mercredi 9 décembre 2009, par Julien Van Caeyseele

Le procès de John Demjanjuk, gardien présumé dans le camp d’extermination de Sobibor, s’est ouvert lundi 30 novembre, à Munich. Ce procès pourrait être l’un des derniers mettant en cause un criminel de guerre nazi.

John Demjanjuk lors de son arrivée au tribunal

C’est un homme fatigué, en fauteuil roulant et la mine déconfite qui s’est présenté à l’ouverture de son procès. John « Iwan » Demjanjuk, 89 ans, est accusé du meurtre de près de 30 000 juifs entre mars et septembre 1943. Période durant laquelle il aurait été garde à Sobibor et donc auxiliaire des SS. C’est la première fois que l’Allemagne juge un étranger pour des crimes commis sous le nazisme.

Barrières renversées, bousculades, larmes de survivants, les autorités ont eu toutes les peines à contrôler la foule venue assister au jugement de cet apatride d’origine ukrainienne (la nationalité américaine lui a été retirée en 2004). Le procès a commencé avec une heure de retard. Dès l’ouverture de l’audience, l’avocat de Demjanjuk a tenté de récuser la cour en la présentant comme impartiale. Ulrich Bush a déclaré "comment se peut-il que ceux qui donnaient les ordres aient été innocentés ? » précise l’AFP. Mais la cour a finalement rejeté la requête de la défense.

Sur une civière l’après-midi

John Demjandjuk est apparu malade lors de cette première journée, le visage blême et fatigué le matin. Il s’est présenté sur une civière l’après midi. « Il se fait passer pour la victime, mais son âge ne change rien aux atrocités, il faut que justice soit faite » précise Robert Koerner, membre d’une association de déportés. Des experts médicaux ont d’ailleurs assuré que l’état de santé de Demjanjuk lui permettait de comparaitre.

L’accusé avait déjà été jugé en 1988 en Israël mais, faute de preuves suffisantes, il avait échappé à la peine de mort et acquitté en 1993. « C’est une bonne chose qu’il passe devant la justice. Beaucoup sont passés à travers les mailles du filet » raconte Bertrand Herz, 79 ans, l’un des plus jeunes déportés de France..

L’accusation dispose de plusieurs éléments pour étayer sa plaidoirie. Entre autres, des déclarations écrites assurant que Demjanjuk était bien garde à Sobibor et un laissez-passer de gardien SS, délivré en son nom et qui mentionne son affectation dans le camp d’extermination.

Le tribunal allemand accuse le « garde présumé de Sobibor » d’avoir participé en tant que dernier maillon de la chaine au génocide de près de 30 000 juifs. A 89 ans, Demjanjuk risque la prison à perpétuité. Pour Bertrand Herz, l’âge de l’accusé importe peu et le verdict aussi « qu’on le punisse est une bonne chose mais ce qui importe c’est le devoir de mémoire, le procès doit avant tout avoir un but pédagogique »

Julien Van Caeyseele / Photo: ReutersMichael Dalder

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