"El comandante" gagne en longévité ! A défaut de n’être pas (encore ?) président du Venezuela à vie, Hugo Chávez s’impose comme l’un des leaders de l’Amérique du Sud. "Sans lui, on n’aurait pas connu le retour de la gauche au Venezuela, ni l’arrivée de Morales en Bolivie et de Correa en Equateur", affirme Christophe Ventura, journaliste au Monde Diplomatique. Bouillant, déroutant, mais aussi fascinant, l’ancien militaire s’est forgé une réputation sulfureuse, notamment par ses déclarations antiaméricaines. Adulé ou haï, le "disciple" de Fidel Castro a déjà marqué l’histoire de son pays. Un statut qu’il doit à deux réélections (2000 et 2006) et à sa présence dans les médias. Un outil qui l’a parfois desservi.

Hugo Chávez est l’un des dirigeants les plus médiatiques de ce début du XXIe siècle. Les interventions d’"el comandante" ne passent jamais inaperçues. "Je serai disposé à aller, avec Sarkozy, chercher Ingrid", avait-il proposé au président français en avril. Mieux, l’ami d’Evo Morales n’hésite pas à s’en prendre violemment à George W.Bush, qu’il traite de "menteur" de "tyran" et de "diable", lors d’un discours à l’assemblée générale de l’ONU en 2006. Des déclarations qui ont fait de lui un élément perturbateur pour les modèles économiques des médias d’aujourd’hui. "Il ne correspond pas au dirigeant type comme c’est le cas au Canada, en Allemagne ou en France. Son franc-parler dérange", souffle le journaliste du Monde diplomatique. Une attitude qui n’a en rien arrangé ses relations avec les Etats-Unis.
Mais, sa fougue n’est pas à la base des divisions qui séparent les deux états. Pour Christophe Ventura, "la fondation le 23 mai 2008 de l’Union des Nations sud-américaines (UNASUR), entreprise par Hugo Chávez et Luiz Inácio Lula, le président du Brésil, a pour la première fois écarté les Etats-Unis d’une structure politique d’Amérique du Sud". Un éloignement que l’administration Bush a très mal perçu. Depuis le président du Venezuela traîne une réputation que les médias se plaisent à analyser. "Il y a une certaine part d’ignorance chez les journalistes", affirme le spécialiste du Venezuela.[
Pour la population vénézuélienne, Hugo Chávez est avant tout l’homme qui tente d’aider les démunis. "Depuis son arrivée au pouvoir, la pauvreté a été éliminée à 40% au Venezuela. Les gens disposent d’une médecine publique. Et le pays est sorti de la liste des Etats analphabètes grâce à une éducation gratuite", se réjouit Christophe Ventura. La politique sociale d’"el comandante" a manifestement fait ressortir un sentiment de bien-être au sein de la population vénézuélienne.
D’un point de vu démocratique, la citoyenneté n’a jamais été aussi forte depuis l’accession de Chávez au poste de président. "Il est l’un des plus grands démocrates de son pays. La nécessité d’avoir des registres électoraux efficaces et un droit à la citoyenneté a considérablement augmenté le nombre de votants".
Aujourd’hui, la Constitution du pays limite le président à deux mandats. Pour Hugo Chavez, la fin du bail est prévue pour 2012. Mais, l’ancien militaire a affirmé dimanche qu’il était prêt à gouverner "jusqu’en 2019, jusqu’en 2021". Un moyen de préparer le terrain face à l’impossibilité constitutionnelle ? Ennemi pour les uns, sauveur pour les autres, Hugo Chávez cultive l’art du paradoxe.
Un projet de référendum constitutionnel à l’étude ?
Obligé de quitter le pouvoir en 2012, Hugo Chávez pourrait très vite proposer un projet de référendum constitutionnel visant à supprimer toute limite au nombre de mandats présidentiels consécutifs. "Je donne mon autorisation au Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV, formation présidentielle) et au peuple vénézuélien pour lancer un débat et les actions pour tenter d’obtenir un amendement constitutionnel et la réélection du président", a-t-il déclaré dimanche soir à la télévision.
En 2007, la réforme de la Constitution qui proposait la mise en place d’un Etat socialiste et la possibilité pour Hugo Chávez d’être réélu indéfiniment avait été rejetée par les Vénézuéliens. Un revers à double conséquence, car la loi lui interdit de soumettre aux électeurs la même proposition pendant la durée de son mandat actuel. Pour ses partisans, le président a le droit de proposer un unique amendement… portant sur sa réélection.