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Et si les immigrés nous laissaient tomber ?

mardi 15 décembre 2009, par gregory.rozieres

Un collectif citoyen veut lancer une journée où les immigrés cesseraient de travailler, afin de mettre en valeur les bienfaits de l’immigration.

Des chantiers au point mort, des restaurants fermés, des salles de bureaux qui n’ont pas été vidées des détritus laissés par les cadres la veille, cette vision cauchemardesque pourrait bien arriver le 1er mars 2010. C’est en tout cas ce que souhaite le collectif « La journée sans immigrés : 24 heures sans nous ! ». « Nous souhaitons démontrer grâce à cette journée que l’immigration est une richesse », assène Nadia Lamarkbi, la journaliste à la tête du collectif lors de la conférence de presse mardi 24 novembre, à l’Assemblée nationale. Le concept est simple. Le 1er mars, les immigrés, fils d’immigrés, citoyens conscients de l’apport de l’immigration sont invités à ne pas travailler, à ne pas consommer, à se retirer de la vie économique du pays. « Rappelons que 90% des autoroutes ont été bâties grâce à l’immigration, de même qu’un logement sur deux », explique Peggy Derder, une des responsables du collectif. Sans précédent en Europe, une telle journée a été organisée en 2006 aux Etats-Unis. Plusieurs centaines de milliers d’américains d’origine hispanique avaient alors cessé le travail, paralysant tout le sud des Etats-Unis.

Hortefeux a fait déborder le vase

« L’idée a germé depuis pas mal de temps, mais c’est Brice Hortefeux qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », affirme-t-elle, en faisant référence aux propos racistes du ministre de l’Intérieur lors de l’université d’été de l’UMP en septembre. Nadir Dendoune, le porte-parole du collectif, rappelle de son côté : « Il ne faut pas stigmatiser la droite. La gauche aussi a son lot de ‘dérapage ‘, avec Valls ou Frêche par exemple ». Mais plus encore, c’est l’utilisation politique du thème de l’immigration sur un principe xénophobe qui a poussé le collectif à agir. « Y’en a marre qu’on se serve de nous pour faire du beurre sur les beurs. » Parti d’une dizaine de personnes, la « Journée sans immigrés » s’est très vite développée par le biais d’internet. Plus de 6 000 personnes ont déjà rejoint le groupe Facebook et une centaine de personnes seraient investis dans toute la France, d’après Nadia Lamarkbi. « Nous avons été surpris par l’ampleur du phénomène. On ne pensait pas qu’il y aurait une telle adhésion aussi rapidement », confie encore la porte-parole Plusieurs associations et quelques politiques ont rejoint le mouvement. « Nous sommes indépendants et n’avons aucune revendication partisane. Nous souhaitons juste marquer les esprits. Ce sont les associations et les politiques qui sont venus vers nous », affirme-t-elle. C’est le cas de Daniel Goldberg, député socialiste, radical et citoyen de Seine-Saint-Denis, qui leur a témoigné son soutien lors de la conférence.

Tenir la longueur

Si le collectif a connu un bon départ, la route est encore longue. La journée sans immigrés compte continuer à diffuser des informations sur Internet, mais ne veut pas s’arrêter là. Distribution de tracts sur les marchés, rendez-vous dans les entreprises et débats sont prévus, ainsi qu’un concert de soutient au Cabaret sauvage à Paris, en décembre. « Nous souhaitons aussi prendre place dans ce débat faussé sur l’identité nationale », déclare Peggy Derder. Et quand on lui demande si ce n’est pas justifier l’action de communication du ministre de l’immigration Eric Besson, elle estime que « laisser ceux qui veulent ternir l’image de l’immigration parler serait bien pire ». Car pour les membres du collectif, il est clair qu’une telle journée n’aurait pas eu de grandes chances de succès il y a un an. « C’est la politique actuelle du gouvernement, cette manière de mêler identité nationale et immigration qui fait que le mouvement est suivi. » Les citoyens concernés accepteront-ils pour autant de perdre une journée de travail pour marquer le coup ? Pour Nadir Dendoune, cela ne fait aucun doute : « Quand une femme de ménage qui gagne 700 € par mois me dit qu’elle est prête à gagner moins pour restaurer sa dignité, j’ai bon espoir. »

Grégory Rozières

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