Les salariés ne font plus confiance aux syndicats. La preuve, 38 % des non syndiqués ont le sentiment que les centrales ne comprennent pas les salariés (sondage de la Direction de l’Animation de la Recherche des Études et des Statistiques d’octobre 2004). Alors que faire pour dépasser la barre des 10% de syndiqués ? Force Ouvrière (FO) s’est mis en tête d’atteindre de nouveau cet objectif lors de son 22ème congrès qui se tient à Montpellier jusqu’à samedi. La troisième force dans le monde syndical derrière la CGT et la CFDT a réuni ses 2 700 délégués pendant quatre jours pour tenter de fixer les objectifs des trois prochaines années. En perte de vitesse, – FO a perdu cinq points aux élections prud’homales entre 1997 et 2008 et était à la limite de perdre la SNCF, EDF-GDF et la Poste -, le syndicat prévoit de mettre en avant sa diversité politique pour débattre des grands sujets futurs comme la parité hommes-femmes dans les entreprises ou les problèmes de discrimination.
Le syndicat, de tradition arnacho-réformiste, compte autant de trotskistes que de partisans de l’UMP. Il envisage d’en faire un atout, un gage d’indépendance et pour cela, prend le parti de ne faire aucune allusion à 2012. Et quand il est question de la présence de lepénistes dans le syndicat, le secrétaire général de FO-cadres Eric Peres réfute : « Nous avons une valeur commune, celle de la République. Le FN ne l’a pas et par conséquent FO ne doit compter aucun de leur sympathisant ». Pour remédier au recul évident de Force Ouvrière, le syndicat mise tout sur la proximité. Pour le secrétaire général, « il faut prendre conscience des réelles souffrances des salariés. Les revendications ont changé et les moyens de les exprimer également. Les syndicats ne sont plus les seules instances à pouvoir les défendre ». Autant de facteurs qui font obstacles à l’intronisation de FO dans les entreprises. Entre autres, la centrale compte bien remettre au goût du jour l’importance des syndicats dans les entreprises en luttant contre l’abstentionnisme dans les votes des syndicats et contre le désengagement de l’Etat quant au soutien des organisations syndicales. La question ne semble pas pour autant préoccuper Jean-Claude Mailly. Dans une interview pour Les Echos, il l’affirme : « FO est sur une pente ascendante, n’en déplaise à ceux qui rêvent d’une bipolarisation du syndicalisme ».
Force Ouvrière du futur
Principal point de discorde avec le gouvernement, la loi sur la représentativité d’août 2008. Signée par le duo CGT-CFDT et par le MEDEF, elle prévoit un vote dans chaque entreprise pour définir quelles organisations syndicales devront représenter les employés. Pour Eric Peres, la réforme pose un réel problème de démocratie. « Le syndicat doit désormais obtenir 10% des voix aux élections professionnelles dans une entreprise. Les syndicats moins importants que CGT ou CFDT sont écrasés et perdent ainsi leur place dans les sociétés », s’insurge-t-il. L’enjeu sera ainsi de convaincre les non syndiqués de s’engager dans ces élections pour qu’ils puissent se retrouver dans une organisation syndicale qui leur ressemble et pourquoi pas chez Force Ouvrière. « On s’étonne ensuite qu’il y ait un sentiment général de manque de représentativité. Cette réforme ne fait que reculer le syndicalisme en France », conclut Eric Peres. Les PME sont les plus touchées par cette réforme. Le risque majeur demeure dans l’apparition de nouveaux conflits et dans la transformation des syndicats en appareils politiques. Et ils étaient déjà bien partis pour.
Le but par la suite sera également de percer davantage dans les boîtes privées où FO compte déjà 60% de syndiqués. Stratégie pour peser dans la politique sociale, la centrale cherche à s’imposer principalement dans les débats sur la protection sociale, l’emploi du service public ou encore sur les retraites. Rien de nouveau depuis les résolutions du congrès de 2007. FO cependant l’affirme : le dialogue sur la réforme des retraites de novembre dernier n’est pas clos. Pour le renouvellement de l’équipe, aucun suspense à avoir. Sur les douze membres du bureau de FO, un seul se voit remplacé. Bernard Devy, le spécialiste des Retraites passe ainsi le flambeau à Philippe Pihet, patron de l’union du Rhône. Pour ce qui est de l’élection de la tête de la centrale, le troisième mandat de Jean-Claude Mailly est assuré par l’absence de concurrence. Cela change de 2007. Pourtant, un des objectifs depuis le dernier congrès était de renouveler l’équipe où les cadres vieillissent et semblent de moins en moins comprendre les réalités sur l’emploi des jeunes par exemple. Selon Eric Peres, « ces changements s’opèreront dans les prochaines années notamment en 2013 où auront lieu les élections de représentativité ». En attendant, FO espère bien jouer la carte de la tranquillité et de la confiance. Rien de mieux selon le syndicat pour attirer de nouveaux adhérents.
Réforme des Retraites, bête noire de FO :
Réunis à Lille en juin 2007, les délégués du 20ème congrès de FO annonçaient déjà dans leur résolution générale leur revendication prioritaire pour les trois années suivantes. Force Ouvrière voulait ainsi lutter contre les économies de substitutions comme l’épargne retraites qui affaiblissent les « régimes de retraite par répartition pour développer la capitalisation ». Tout ce que met désormais en œuvre la réforme des Retraites de novembre dernier. Au moment des revendications contre cette loi, le syndicat n’avait pas réussi à imposer ses journées de rassemblements. Aujourd’hui, il reste cependant persuadé qu’il pourra la faire annuler.