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Graffiti, art ou vandalisme ?

jeudi 1er avril 2010, par Emilie Rigaud

Dès ses débuts, le graffiti s’est battu pour ne pas être vu comme un vandalisme primaire mais comme un art à part entière. Ainsi, graffeurs et autres artistes urbains ont fait évoluer leur conception du graffiti dans le but de se faire accepter de tous, notamment de certaines hautes institutions.

Le graffiti (ou Tag) est le nom donné aux dessins ou inscriptions calligraphiées, peintes, ou tracées de diverses manières sur une propriété. Dans le sens complet du terme, le graffiti est plus considéré comme un acte de vandalisme qu’un art graphique. Cette forme d’expression urbaine est née à New York aux Etats-Unis vers la fin des années 1960, rejoignant ainsi le mouvement hip-hop. Les premiers tags firent leur apparition sur les métros de la ville. Seul moyen de se faire voir et connaître, les graffeurs n’hésitaient pas à peindre des biens de propriété comme les trains mais aussi les murs et autres devantures de magasins. Voyant un réel engouement de certains jeunes pour le graffiti, les peintres new-yorkais ont voyagé et importé ce nouvel art en Europe. Dès lors, le paysage urbain des grandes capitales comme Paris et Londres ne se pensait plus sans les tags et autres graffitis. Malgré un rejet quasi systématique des autorités pour le street art, le graffiti s’est construit comme une véritable institution. Ainsi, les graffeurs ont élaboré leurs styles et créé des codes spécifiques à l’art urbain. Dès 1970, le tag (signature) se distingue des fresques et autres flops ou encore throws-up (lettrage exécuté d’un seul trait ayant souvent une forme très arrondie). Aussi, le milieu voit apparaître de nombreux courants et techniques différentes comme le freestyle, la 3D ou encore le wildstyle. Le but de ces peintures est d’interpeller et d’impressionner le spectateur. Aussi les graffeurs misent plus sur leur capacité à peindre des surfaces extravagantes que sur la qualité visuelle de leur œuvre. Malgré une difficile reconnaissance, les tagueurs ont su acquérir la confiance des galeristes et autres artistes. Les plus talentueux sont Jonone, Squat, Psy ou encore Guru et Tpk. Toujours dans l’esprit graffiti, certains graffeurs tendent à une démarche artistique et créent des fresques colorées et aux formes compliquées, retraçant ainsi sur les murs et les trains une vision du monde qui les entourent. En France, les artistes actuellement reconnus sont André et La Trumac .

Un art qui dérange.

Pour les municipalités, les entreprises ou les habitants eux-mêmes, les tags ne sont que le fruit de dégradations urbaines. En France, les villes consacrent souvent une partie de leur budget municipal au nettoyage des bâtiments tagués. A Paris notamment, la municipalité répertorie plus de 500 000 m2 de surfaces à nettoyer chaque année, ce qui représente plusieurs dizaines de millions d’euros. En ce qui concerne les villes de province, plus de 40% du patrimoine public (bâtiments communaux, monuments classés) est touché. Le cas le plus significatif en matière de lutte contre les tags est celui de la SNCF. Chaque année, la SNCF estime à plusieurs millions d’euros annuels les frais de nettoyage des graffitis sur ses trains. De plus, selon une étude récente de l’IFOP à la demande de la SNCF, 85% des personnes interrogées trouvaient « les tags dégradant pour les biens et portaient atteinte à leur sécurité ». La SNCF se bat depuis 1999 contre les graffeurs, en mettant en place une mission Propreté et un partenariat avec la police nationale. Ainsi en 2001, certains agents de police et autres enquêteurs ont réussi à arrêter 150 graffeurs. Ces derniers furent poursuivis en justice pour avoir causé plusieurs dizaines de millions d’euros de dégâts. Les buts de la SNCF et de la RATP étaient de frapper un grand coup dans le milieu du graffiti et d’être indemnisé par l’Etat. Par la suite, les graffitis n’ont cessé d’augmenter, en réaction aux arrestations. Le petit monde des grapheurs s’organisait de façon quasi-professionnelle et disposait de journaux et de revues spécialisées (Graff it). Enfin, certains ont pris l’habitude de graver leurs signatures afin de les rendre indélébiles, cette forme de tags se nomme le scrathfitti.

Malgré la place donnée au graffiti dans des musées parisiens comme le Grand Palais en mars dernier, le graffiti n’a pas encore gagné la confiance de tous. « Selon l’article 322-1 alinéa 2 du nouveau Code Pénal : Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 4 000 euros d’amende lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger. Cette peine peut être portée de 7 500 à 15 000 euros si les dégradations sont, par exemple, opérées en groupe et/ou au préjudice de monuments historiques ou bâtiments publics. »

crédit photo : magdadanysz

Crédit logo : Zevs.

auteur : Emilie Rigaud, crédit photos : Magda Danysz et Zevs.

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