Black Kent, Yes I Kent, Allmade Records
Le Bordelais réalise une première dans le rap français en s’aventurant là où d’autres n’ont jamais pu ou voulu aller, le hip hop version anglaise.

On ne peut pas parler de ressemblance. Ce serait rabaisser l’album de Black Kent au rang de tentative à moitié ratée de faire aussi bien qu’un rappeur de la East ou de la West Coast. Sans verser dans le dithyrambique, on peut dire sans risque que le rookie du rap français a réussi son pari de réaliser un album entièrement en anglais, l’articulation en plus.
Dès l’écoute du premier morceau, « Pass That », en featuring avec Bishop Lamont, petit protégé de Dr Dre, on a clairement affaire à un rap de style américain. Grace a une langue servie par des codes parfaitement maîtrisés « Yes I Kent », deuxième opus du Bordelais, n’a rien à envier aux autres productions outre-Atlantique de l’année 2010. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la sortie s’est d’abord faite aux States, en novembre dernier, bien avant celle dans l’Hexagone, fin janvier 2010.
Les instrumentaux, qui portent pour la plupart la signature du « beatmaker » français J-Lock, sont inspirés de ce qui se fait de mieux dans le pays de l’Oncle Sam. En témoigne le morceau « The Good Die Young ». Avec son ambiance lourde (graves notes d’orgue, batterie percutante) alliée à un flow approprié, on obtient un son très « dirty south », digne des géants Rick Ross, ou Lil’ Wayne, ambassadeurs du style.
Le MC n’en est pas à son premier exploit. A l’image de Clark Kent alias Superman, Black Kent aime à se donner des défis de surhomme. Avant son audacieuse entreprise, le Franco-Ivoirien avait déjà gagné le respect du milieu rap US en reprenant dans son intégralité et en une seule nuit l’emblématique « The Carter III » du rappeur Lil’ Wayne. La net tape, téléchargée plus de 10 000 fois, n’était qu’un exercice destiné à faire la preuve de ses capacités à poser en anglais. Avec « Yes I Kent », titre choisi en écho au slogan de Barack Obama qu’il admire, l’essai est transformé.
Cette aptitude à rapper avec aisance dans la langue de Shakespeare lui vient d’un long séjour au Kenya, pays où il a passé son adolescence après sa naissance en Côte d’Ivoire. En 2003, il débarque en France, à l’âge de 17 ans. Cela fait déjà 9 ans qu’il écrit des textes. Très tôt influencé par Notorious BIG, le pape du rap East side aujourd’hui défunt, ainsi que Jay-Z, il n’est initié aux classiques français (Secteur Ä) que bien plus tard, vers l’âge de 12-13 ans. C’est à ce moment qu’il prend pour la première fois le micro. Arrivé à Bordeaux il se fait discret avant d’intégrer le collectif 99 pro-G avec qui il sort une compilation. Un morceau perso, « Bordeaux City », propulse sa carrière solo qui connaît un aboutissement en mars 99 avec « Le Scalpel Vol. 1 », sa mixtape. La suite, on la connaît, Black Kent décide d’exploiter son côté bilingue et passe du français à l’english.
« Yes I Kent », c’est la face B du jeune prodige de 23 ans, qui tourne depuis un moment au Etats-Unis. Le retour de la critique là-bas est encore attendu. Il faudra se distinguer des nombreux concurrents. Un signe distinctif ? Ah si, pas beaucoup de « fuck ! », mais on ne va pas s’en plaindre, pour une fois que ça change…