Qu’on se le dise, Clint Eastwood est un maître du cinéma. Trois mois après nous avoir enchanté avec ‘L’Echange’ et sa réalisation implacable des Etats-Unis de la fin des années 1920, « Clinty » repasse devant la caméra pour nous interpréter Walt Kowalski, un vétéran de la guerre de Corée accro à la bière en canette et à sa Gran Torino, sa voiture de collection. Retraité, Walt cultive sa haine du monde, de son quartier envahi par les asiatiques et de sa famille détestable. Mais par-dessus tout, l’ancien soldat cultive la haine de lui-même pour un acte qu’il a commis et le dévore depuis son engagement militaire.
Tout au long du film, Walt devient successivement les personnages les plus marquants de la carrière de Clint Eastwood. Tout y passe. La vulgarité et la haine de l’inspecteur Harry, la solitude du boxeur Frankie Dunn ou encore le regard vif de Blondin. Bref, ‘Gran Torino’ est à n’en pas douter une œuvre testamentaire de la carrière de ce géant du cinéma.
La force du long-métrage réside aussi dans la justesse des dialogues. Les scènes de la cuisine asiatique, des séances d’insultes entre Walt et le coiffeur italien ou la confrontation avec le trio de jeunes noirs sont à mourir de rire tant le vieux bonhomme impressionne par son sens de la répartie.
Mais ‘Gran Torino’ s’affirme aussi par ce qui a fait la force de Clint Eastwood ces dernières années : l’émotion. Colosse au cœur de pierre, Walt ne sait pas que sa rencontre avec la famille de Thao va lui servir de rédemption. Grâce à eux, l’ancien soldat retrouve enfin gout à la vie, alors que les siens n’attendent que sa mort. Très vite, Walt devient le héros de la communauté Hmong de son quartier. Une situation qui lui fera ouvrir les yeux sur la bêtise et la lâcheté de certains. Plus Walt se rapproche de ses voisins, plus la tension entre ce dernier et le gang s’affirme jusqu’au point de non retour.
Plus gros succès de Clint Eastwood au box-office, ‘Gran Torino’ est une véritable source de bonheur pour tout cinéphile qui se respecte. A Bientôt 80 ans, l’ex-inspecteur Harry démontre, si cela est encore nécessaire, qu’il est bien l’un des meilleurs cinéastes du monde.