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L’édition face aux défis du numérique

jeudi 1er avril 2010, par Malik Touzri

Une révolution discrète a lieu dans le secteur de l’édition depuis une dizaine d’années, et l’apparition du livre numérique. Enquête sur un secteur culturel en plein bouleversement.

Crédit photo : goXunuReviews

A la foire du Livre [qui s’est tenue du 14 au 18 octobre dernier], les “liseuses électroniques” ont fait une apparition remarquée. Le phénomène était pourtant prévisible. Depuis une dizaine d’années, les livres numériques ou livrels foisonnent sur le Web. Tout a commencé au début des années 2000 avec les revues scientifiques et les bandes dessinées. Aujourd’hui, quelques connaissances informatiques et un peu de patience suffisent pour accéder à toutes sortes d’ouvrages sur Internet.

Malgré une offre légale grandissante, le livre numérique ne représente pas encore un marché significatif en France. Selon le Syndicat national de l’édition, le livre numérique représenterait de 30 à 40 millions d’euros, soit un peu plus de 1% du chiffre d’affaires de l’édition (2,83 milliards d’euros). Pourtant, les maisons d’édition préparent déjà l’avenir avec l’espoir de ne pas subir le même déclin économique que les industries musicale ou cinématographique.

La marge de développement de cette offre numérique est donc considérable mais elle soulève l’épineuse question du piratage. Encore embryonnaire en cette période de transition, cette problématique se posera nécessairement dans les années à venir avec l’expansion du livre numérique sur le Net. Le développement d’un marché parallèle reposant sur la démultiplication et l’immédiateté de la circulation des fichiers semble inévitable.

« Dans l’univers d’Internet s’est installé le mythe de gratuité de l’accès aux contenus intellectuels : la musique et la vidéo en ont déjà fait les frais, perdant l’un la moitié, l’autre le quart de son marché », explique le Syndicat national de l’édition qui se refuse toutefois à la fatalité. Pour le SNE, le livre peut échapper à un piratage de masse en favorisant la qualité et la diversité du catalogue numérique. Même son de cloche du côté du Motif, l’observatoire du livre et de l’édition en Ile-de-France. Selon un rapport publié le 19 octobre dernier, 94% des livres piratés ne disposent pas d’une offre numérique légale.

Le SNE précise par ailleurs que la création d’une offre payante, pérenne et de qualité, passe par la mise en place d’un partenariat fort avec tous les acteurs d’Internet (fournisseurs d’accès, moteurs de recherche, bibliothèques numériques,…). Aujourd’hui, une partie de ces acteurs contournent la logique des DRM pour satisfaire leurs propres intérêts publicitaires.

LE “TROU ANALOGIQUE”

Dans la pratique, les maisons d’édition sont freinées par les problématiques techniques de lutte contre le piratage. Notamment au « trou analogique » (analog hole en anglais), concept selon lequel toute œuvre accessible de façon numérique, peut être reproduite quelles que soient les mesures de protection utilisées. Aujourd’hui, l’immense majorité des pirates du livre exploitent cette faille. Les fichiers sources sont des livres papier, scannés puis convertis dans le format désiré. En dépit des moyens mis en œuvre pour protéger l’offre numérique légale, aucune mesure ne peut empêcher les pirates d’utiliser directement des ouvrages imprimés. D’autant plus qu’ils sont très facilement accessibles. En témoigne la grande quantité de livres piratés provenant de bibliothèques.

Le champ d’action des maisons d’édition est aussi limité juridiquement, à l’échelle mondiale. La durée et les conditions des droits d’auteur sont très variables entre les pays du globe. Au Canada, pur ne citer qu’un exemple, les DRM offrent une protection de 50 ans au lieu de 70 en France. Résultat, certains sites Internet diffusent gratuitement, et en toute légalité, des textes français publiés avant 1959.

Au fond, la crainte n’est peut être pas tant le piratage des livres que le remodelage éditorial et économique du secteur. Avec cette nouvelle culture numérique à adopter, la concertation entre les acteurs de la chaîne du livre est plus que jamais à l’ordre du jour. L’édition est aujourd’hui en phase de devenir une industrie multi-supports. Mais la transition ne pourra se faire que sur la base d’une profonde réflexion sur la valeur du livre dans la société, la place des auteurs, et celle des librairies.

Malik Touzri

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