Afficher Saint-Gervais Les Bains sur une carte plus grande
La première fois que l’on vient faire une cure thermale, on est sans doute un peu stressé en poussant la porte de l’établissement thermal. Cette appréhension ne dure pas. Dès le pas de la porte, tout aspire au calme et à la détente : une musique de fond digne d’un cours de yoga, le bruit de l’eau thermale qui coule des fontaines au centre de la pièce et, au mur, des peintures qui changent périodiquement. Seul petit bémol : l’odeur de soufre, « d’œuf pourri », à laquelle le curiste régulier s’habitue pourtant assez vite.
Soins et temps d’attente nécessaires à la détente
L’heure des soins venue, le curiste grimpe les quelques marches qui mènent au service dermatologie. Les premières assistantes de soin sont à leur poste depuis 8h30, hors-saison thermale, pour donner le linge aux patients, un peignoir blanc, une serviette blanche en échange de la carte de linge. Un petit passage en cabine et l’on devient une créature de rêve : le fameux peignoir blanc trop long ou trop court selon les jours, les tongs et un sac couleur locale tatoués « Les Thermes de Saint-Gervais ». Selon les pathologies, les médecins déterminent l’ordre des soins. Il y a trois soins principaux auxquels tous les curistes sans exception ont droit. Le bain chaud dure quinze minutes et la détente est assurée. La douche filiforme, le soin le moins agréable et le plus douloureux, est dispensée par l’un des quatre dermatologues qui travaillent au centre de soins. Ce sont des petits jets qui sont pulvérisés sur les zones à traiter à une puissance plus ou moins forte. « Ca fait un micro-massage de la peau, c’est comme si le patient était massé par un kinésithérapeute dont les doigts feraient un demi millimètre de diamètre », affirme le docteur Augé, dermatologue. Enfin, le dernier soin correspond à des petites pulvérisations légères sur tout le corps ou de manière plus localisée et prend fin généralement après dix minutes. C’est la fin des soins. Retour à la cabine, petit détour par le sèche-cheveux pour les plus minutieux, phase maquillage pour les femmes, puis le patient récupère sa carte de linge fraîchement tamponnée pour attester de sa présence au jour le jour.

Tout cela paraît bien chronométré et un peu mécanique. Pourtant, rares sont les personnes qui restent dans leur coin. L’ambiance est généralement chaleureuse entre les curistes. Les habitués s’organisent en général pour venir en même temps que leur groupe d’amis. C’est ce qu’explique Agnès Koum Moukoko, curiste depuis neuf ans et fidèle à cet établissement thermal. « Des amitiés se nouent avec d’autres curistes. D’habitude, on se débrouille pour faire la cure aux mêmes dates mais cette fois-ci, ça n’a pas pu se faire. C’est mieux pour organiser des sorties l’après-midi par exemple. » Par ailleurs, il y a beaucoup d’enfants dans ce service. Pour la maman d’Elora, deux ans et souffrant d’eczéma, « Il est plus facile d’échanger avec les autres grâce à la petite. » Trois jours après le début de la cure, la mère et la fille connaissent déjà quelques patients. Les rires et le brouhaha des conversations ne sont pas difficiles à entendre.
Ambiance et encadrement : maîtres mots d’une cure réussie
Les assistantes de soins, qui sont présentes dans les couloirs du service et gèrent tous les soins, jouent aussi un grand rôle dans cette sympathique ambiance. Elles se chargent bien sûr d’accompagner chaque curiste pour expliquer le fonctionnement et veiller au bon déroulement du soin. Mais l’échange entre le curiste et le personnel est également important. « Le temps que l’on passe avec chaque patient est beaucoup plus restreint qu’avant », avoue Pascale Delphino, responsable du service depuis douze ans. Pour autant, le dialogue reste important et d’une année sur l’autre, les assistantes de soins ne se privent pas de demander des nouvelles. Pour résumer, « Ce n’est pas un endroit que de soins : le contact est établi autant avec les assistantes de soins, les médecins et les patients. C’est convivial », se réjouit Agnès. Une impression partagée par la maman d’Elora : « On est bien encadré et il y a une bonne ambiance. » Mais pour certains habitués, « La cure, ce n’est plus pareil qu’avant. » Véronique Brossard, mère de deux enfants curistes depuis dix ans pour l’un, trois ans pour l’autre dans une autre orientation, trouve que l’ambiance est moins conviviale au sein de l’établissement. « Au début que nous venions, les enfants avaient des diplômes pour les récompenser de leur courage, le mercredi, une assistante de soins mettait des oreilles de Minnie pour amuser les plus petits et distribuait des bonbons. » Les adultes avaient aussi leur espace détente : des tables où ils pouvaient commander un café, lire des magazines achetés au coin presse et parler avec d’autres curistes. « Cela favorisait les échanges et les contacts. Aujourd’hui, il y a toujours quelques tables, une machine à café et le journal du matin, mais le reste a disparu, ce qui donne moins envie aux gens de s’asseoir pour discuter. Par contre, je ne remets pas en cause l’efficacité de la cure et il est malgré tout toujours agréable de s’y rendre. »
Après seulement trois jours de soin, une modification des lésions est déjà constatée sur Elora. « On ne peut pas parler d’une amélioration pour l’instant car la peau s’assèche et craque donc elle saigne mais il y a une modification visible. » Pour Agnès, en revanche, aucun doute : « Lorsque je suis venue pour la première fois, j’étais en chaise roulante. Aujourd’hui, je marche et je mets même des talons. » Les chiffres montrent également que les patients sont plutôt satisfaits. Le directeur du centre thermal, Thierry Coffinet, assure que « 60% des curistes sont déjà venus au moins une fois. Ceci doit s’expliquer par la qualité de l’eau et de l’équipe médicale. De plus, nous sommes l’un des seuls établissements thermaux dermatologiques qui dispose de dermatologues sur place pour effectuer les soins. »
Alex, le kiné-psy
Pour certains patients, des séances de kinésithérapie sont nécessaires. Une équipe de quatre kinésithérapeutes est présente dans les Thermes pour les assurer. Alex est l’un d’eux et explique que ces massages sont surtout nécessaires chez des patients avec des brûlures et des cicatrices traumatiques. « Ce sont des massages à sec ou massages dermo-épidermiques que nous effectuons et qui permettent de compléter les soins. Ce moment est particulièrement propice à la discussion et nous permet aussi de suivre psychologiquement le patient, de l’aider à se reconstituer dans un nouveau corps. » La cure thermale doit apporter une amélioration physiologique mais également une aide psychique. Agnès estime d’ailleurs que de rencontrer des personnes avec qui l’on puisse échanger conseils, bons plans, expériences est bon pour le moral.
Des contraintes surmontables
Globalement, les trois semaines de cure sont agréablement vécues par les patients. Mais il y a quand même quelques contraintes. « La principale reste de se déplacer trois semaines pour des soins qui durent environ une heure et demie par jour », souligne le Docteur Augé. « Au niveau de la douleur, seules les douches filiformes peuvent se révéler douloureuses, notamment sur des cicatrises récentes. Par contre, on parle beaucoup de la fatigue alors qu’en réalité, elle ne touche qu’une personne sur cinq. » Pascale Delphino, la responsable du service, confirme qu’elle « se retrouve surtout chez les personnes plus âgées. En revanche, elle ne touche pas trop les enfants et provoque même parfois l’effet contraire. » La surinfection des plaies qui pourrait être fréquente chez les brûlés qui sortent de l’hôpital ou chez les patients atteints d’eczéma est très rare, comme l’explique le Docteur Augé. Tout d’abord, des pansements étanches sont appliqués sur les plaies pour éviter tout risque d’infection. De plus, en ce qui concerne l’eczéma, les curistes se surinfectent moins que chez eux grâce à l’eau qui stimule les défenses.

Ces contraintes se font vite oublier par la richesse des paysages autour du centre thermal. Thierry Coffinet considère la région en elle-même comme « une structure de bien-être ». En revanche, selon lui, « La ville devrait mettre plus de choses à disposition des curistes. » Dans le cadre du centre thermal, quelques activités sont parfois organisées pour distraire les patients. Ainsi, le directeur a embauché une hydrothérapeute et compte développer un partenariat avec un maquilleur professionnel qui offrirait une heure de maquillage aux curistes. Pourtant, M. Coffinet souligne que « Ce n’est pas facile de faire des partenariats efficaces dans le sens où ceux-ci représentent un coût pour les patients qui ne peuvent pas forcément se le permettre. »
Un nettoyage dans les règles de l’art
L’hygiène est également très importante dans ce type de structure car « il y a toutes les possibilités d’échange de microbes qui sont liées aux collectivités », met en garde le dermatologue. Des précautions sont donc prises pour éviter les propagations : chaussures de piscine propres réservées à la cure pendant les soins par exemple. Mais surtout, la désinfection des locaux est assurée avec sérieux et rigueur : tuyauterie en inox nettoyée entièrement de l’intérieur tous les dix jours. L’eau est également analysée régulièrement par un laboratoire interne à l’établissement, en plus des analyses obligatoires.
Lucile Brossard