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La locomotive SUD Rail rattrape la CGT à toute vitesse

mercredi 9 décembre 2009, par abdel.pitroipa

Les cheminots sont de plus en plus nombreux à rallier le deuxième syndicat qui les représente après la fédération de la CGT. Celle-ci fait face à une érosion de ses adhésions.

Cette semaine la Confédération Générale du Travail (CGT) tient son 49ème Congrès à Nantes. Au programme, des discussions autour de l’organisation des structures et la réélection annoncée de Bernard Thibault au poste de Secrétaire général qu’il occupe depuis 1999. Au début de ce 21ème siècle, le syndicat centenaire est confronté à quelques défis : il doit achever sa mutation tout en réussissant à la faire accepter à ses militants. Parmi eux, des voix s’élèvent qui s’opposent à l’abandon de la ligne révolutionnaire pour l’actuelle, plus réformiste et disposée au compromis avec le gouvernement et le patronat.

Cette évolution, c’est Bernard Thibault qui l’incarne. De son accession à la tête de la Confédération à ce jour, il n’a eu de cesse de transformer la CGT en profondeur consommant la rupture avec le Parti Communiste, parrain historique. Au nom de l’indépendance et d’un certain pragmatisme, l’ancien cheminot a prôné le passage d’un syndicalisme radical lié à cette affiliation ancienne à un syndicalisme plus raisonné ouvert à la négociation.

Ce changement de cap s’avérait sans doute nécessaire pour que la maison CGT ne coule pas en même temps que le bâtiment PCF. Mais il a fait beaucoup de mécontents qui ont décidé de quitter le navire. Du coup, les nostalgiques de l’époque contestataire et les déçus de cet « adoucissement » regardent vers les structures syndicales qui ont conservé cette radicalité perdue par la Confédération.

La montée en puissance de SUD Rail

C’est le cas notamment chez les cheminots, corps professionnel qui compte parmi l’une des plus importantes fédérations de la CGT. Certains d’entre eux retrouvent l’esprit des premières années de militantisme à la jeune fédération SUD-Rail de l’Union syndicale solidaires.

La nature combative du mouvement qui se dit « solidaire, unitaire et démocratique » se retrouve jusque dans les évènements qui ont occasionné sa naissance. Créé en 1995 à la suite des grèves de décembre, il n’a cessé depuis de gagner en audience et en militant devenant rapidement le deuxième syndicat de la SNCF. « On a progressé de 5% aux dernières élections professionnelles, ça veut dire que les cheminots apprécient que l’on soit offensif », estime Henri Duclut, responsable permanent à SUD-Rail, secteur Paris Est. Il enfonce le clou « On est entrain de prendre la place de la CGT d’il y’a 20 ans »

En effet, le dynamisme de la rivale de la CGT sur les activités ferroviaires s’explique par le fait qu’elle s’est substituée à la Confédération dans sa posture de départ. SUD-Rail revendique clairement un syndicalisme de lutte qui séduit ceux qui privilégient cette approche pour parvenir à des conquêtes sociales.

« La CGT est constamment dans l’accompagnement des réformes », dénonce Jean-François Denoyell, militant à SUD-Rail pour expliquer son engagement « On a l’impression qu’elle fait tout pour ne pas gêner Sarkozy ». La connivence avec le pouvoir, c’est précisément ce dont est accusé le premier syndicat de France. Des suspicions qui ajoutent à la défiance vis-à-vis de ses élites et qui encouragent les travailleurs à adhérer à des mouvements qui paraissent plus authentiques. « Nous sommes sincères dans notre combat, plaide Henri Duclut, chez nous, ils n’y a pas d’échanges de procédés qui ne sont pas dévoilés au plus grand nombre », allusions à peine voilées aux soupçons d’arrangements qui suivent chaque fois qu’un accord est trouvé au terme d’une grève éclair.

Des tentatives de contre-attaque

Face à la montée en puissance de sa concurrente, la CGT n’a d’autre option que de procéder par la ruse. « Elle proclame l’unité, mais essaie de nous isoler en s’alliant avec d’autres syndicats », se plaignent les militants de SUD. Ce mardi 8 décembre par exemple, elle manifestait devant le siège de la SNCF en compagnie de l’UNSA et de la CFDT, mais sans SUD-Rail.

La confédération joue également de la carte juridique, avec le principe de la représentativité qu’elle a soutenu. Il ne permet qu’aux grosses organisations syndicales de peser réellement dans les négociations. « C’est une manière de récupérer des adhérents des syndicats qui disparaissent, dénonce Jean-François Denoyell, mais il y a de plus en plus de gens qui viennent chez nous, ça prouve qu’elle n’arrive pas à soigner le malaise ».

Abdel Pitroipa, banlon 1964

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