Les farces électorales appuyées, ou du moins non dénoncées, par la communauté internationale n’en finissent plus. Après l’Afghanistan, le Gabon, voilà le tour du Honduras. Dimanche 29 novembre, le candidat Porfirio Lobo a été élu président du Honduras avec 55,9% des voix. Tous les pays d’Amérique, en dehors des Etats-Unis, du Panama du Pérou, du Costa-Rica et de la Colombie, ont rejeté l’élection, qui s’est déroulée sans aucun observateur international. Cette élection était censée, officiellement, apporter une cohésion nationale à un pays déchiré depuis le 28 juin, date à laquelle le président Manuel Zelaya a été chassé du pouvoir par un coup d’Etat organisé par l’armée et la classe dirigeante. Roberto Michelleti assurait une présidence par intérim depuis lors. Le prétexte : le président déchu voulait réformer la constitution, ce qui lui aurait permis de briguer un second mandat. Ce qui est techniquement faux, étant donné que la modification de la constitution n’aurait jamais pu arriver avant les élections de novembre 2009.
Pendant tout l’été, la communauté internationale avait tenté en vain de rétablir Manuel Zelaya à la tête du gouvernement. Mais Roberto Michelleti, soutenu par l’oligarchie hondurienne, n’a pas cédé. Le 29 octobre, un accord avait pourtant été signé par le gouvernement de facto et Manuel Zelaya, sous l’œil Thomas Shannon, sous-secrétaire d’Etat américain. Le président déchu acceptait la tenue de nouvelles élections à condition d’être rétabli au pouvoir. Pourtant, Manuel Zelaya est toujours barricadé dans l’ambassade brésilienne de Tegucigalpa. Le congrès décidera de son sort mercredi, alors que l’accord prévoyait de décider de réhabiliter l’ancien président avant les élections. Cette duplicité du gouvernement de facto n’a pourtant pas refroidi les Etats-Unis, qui ont validé le scrutin, avec quelques réserves pour la forme. L’élection est « un pas en avant très important (...) mais seulement cela. Seulement un pas, et ce n’est pas le dernier », a affirmé le vice-secrétaire américain pour l’Amérique latine, Arturo Valenzuela. Il faut dire que 40% des exportations honduriennes sont à destination des Etats-Unis. L’Europe a été plus timide. L’Espagne a déclaré qu’elle « ne reconnaît pas les élections, mais ne les ignore pas pour autant ». La France, de son côté « regrette que le scrutin d’hier n’ait pas eu lieu dans un contexte conforme à l’ordre constitutionnel », tout en appelant au fameux rétablissement des libertés fondamentales.
La communauté internationale, entrainée par les Etats-Unis, cherche avant tout à étouffer le feu d’une éventuelle guerre civile. En effet, les soutiens du gouvernement putschiste sont les principaux propriétaires terriens du pays, alors que près de 60% de la population vit avec moins de 2 $ par jour. Les emprisonnements abusifs et les restrictions des libertés sont devenues monnaie courante au Honduras. Mais si le coup d’Etat est légitimé, ce serait un précédent grave pour l’Amérique du Sud, qui n’avait pas connu de coup d’Etat effectif depuis plus de 20 ans.