A Johannesburg, dans l’une des villes les plus dangereuses du monde, le stade de Soccer city et ses 94 000 spectateurs feront l’objet d’une sécurité renforcée
« L’Afrique du Sud reste à 100 % prêt à accueillir la Coupe du Monde ». Pour Jacob Zuma, le président sud-africain, il est clair que l’attentat qui a touché la sélection togolaise avant l’ouverture de la CAN, n’aura aucun impact sur le tournoi. Même son de cloche du côté de Sepp Blatter. Le président de la Fédération Internationale de Football, a déclaré que cet attentat « ne remettait en aucune manière le Mondial en Afrique du Sud ». Mais qu’en est-il réellement ? Du 11 juin au 11 juillet, le continent africain recevra pour la première fois de l’histoire la grande messe du football mondial. La Coupe du Monde est un événement international, planétaire, plus médiatique même que les Jeux Olympiques. Tous les regards seront donc tournés vers la patrie de Nelson Mandela, symbole de la réconciliation entre les peuples et de la liberté. Mais cette manifestation sportive peut faire le jeu de la récupération politique (voir encadré) comme l’explique Arnaud Blin, politologue et spécialiste des questions terroristes : « Même si à ce jour, il n’y a jamais eu d’antécédents, une coupe du monde représente, d’un point de vue médiatique, une cible idéale pour un attentat ».
Le dispositif de sécurité
L’Afrique du Sud va dépenser quelque 180 millions de dollars (près de 130 millions d’euros) pour assurer la sécurité dans le pays. Les organisateurs attendent en effet près de 450 000 visiteurs en un mois. Un flot de supporters qui sera encadré par 41 000 policiers, formés au contrôle des foules par des gendarmes français. « L’effet de surprise sera difficile à réaliser, confirme Arnaud Blin. Les forces de sécurités seront sur le qui-vive ». Les dix stades qui accueilleront les matches de la compétition seront donc au centre d’un dispositif de sécurité d’envergure. « Les contrôles dans les stades doivent être rigoureux. Un important travail en amont devra être réalisé pour repérer, le cas échéants, des activités suspectes ». Munich en 1972, Atlanta en 1996 : des attentats se sont déjà produits lors de grandes manifestations sportives et ce, malgré des dispositifs de sécurité important. « Il sera difficile d’organiser quelque chose de spectaculaire mais rien n’empêcherai un petit groupe ou un individu de se faire exploser ». Concernant Al-Quaeda, le politologue ne pense pas que le groupe terroriste a les moyens d’intenter une action terroriste : « Il y a un recul net des capacités du réseau de Ben Laden, d’autant plus que l’Afrique du Sud est un pays plutôt neutre de leur point de vue ».
La menace de l’intérieur
Une attaque terroriste internationale n’est donc pas à exclure mais le conséquent dispositif de sécurité pourrait être dissuasif. « Si attentat terroriste il y a, je verrais plutôt des groupes locaux avec des revendications très spécifiques », poursuit Arnaud Blin. D’autant plus que la sécurité en Afrique du Sud est souvent décriée. Sur son site, le ministère des Affaires étrangères prévient les touristes des problèmes de violence et d’insécurité dans la ville. En 2008, des émeutes raciales avaient frappé les bidonvilles faisant près de 50 morts. Avec, Prétoria, Durban, ou encore Le Cap, Johannesbourg fait partie des villes les plus dangereuses au monde avec un taux de criminalité de près de 80 crimes et délits pour 1 000 habitants. En 2008, 20 000 meurtres ont été recensés pour autant de tentatives et plus de 50 000 viols. Attaques à main armées, vols avec violence, viols, meurtres sont le lot quotidien des Sud-africains. La cause de cette violence, le fort taux de chômage et le trafic de drogues. Les organisateurs de la Coupe du Monde doivent donc se prémunir contre une attaque terroriste et le dispositif prévu pour le mondial va dans ce sens. Mais il est nécessaire de rester attentif. « Le terrorisme s’exprime souvent là où on ne l’attend pas », prévient Arnaud Blin.