
Projets de nouvelles tours à La Défense (92), extension du plateau de Saclay (91), développement du Grand Paris… Les programmes d’urbanisme se succèdent en Île-de-France sous l’impulsion conjointe de Nicolas Sarkozy et de Jean-Paul Huchon, président de la région. Le premier souhaite doter Paris de plusieurs pôles économiques ultra-dynamiques, le second rêve d’un territoire homogène dont le développement deviendrait une référence en France et en Europe. De bien belles déclarations d’intention mais dans les faits, le clivage entre un Ouest parisien riche et dynamique, et un Est parisien économiquement faible demeure.
Ces derniers temps, l’Etat et la région n’ont pas rechigné à investir en Essonne, dans les Yvelines, et dans les Hauts-de-Seine. Un milliard d’euros supplémentaires vient d’être alloué à l’établissement public de Saclay, 4 milliards à la double-boucle du nouveau métro dans le cadre du Grand Paris. Mais à l’Est, rien de nouveau. La zone du Val d’Europe, qui s’étend sur les communes limitrophes de Marne-la-Vallée (77), fer de lance de l’économie du département, ne bénéficie pas d’autant d’attentions. Aucune déclaration, aucun investissement majeur. L’Etat, représenté par les Etablissements Publics d’Aménagement EPAMarne et EPAFrance se fait plus que discret. En témoignent la grogne de nombreux élus, Hugues Rondeau, maire de Bussy-Saint-Georges en tête. Dès décembre 2006, il s’indignait déjà publiquement du budget insuffisant des « EPA » et de l’abandon de plusieurs projets immobiliers d’affaires représentant 16 000 m² de bureaux à cause d’un manque de fonds.
Ernst & Young
Depuis, la situation n’a que peu évolué. Le Val d’Europe fonctionne principalement autour de son centre commercial (l’un des plus grand et fréquenté de France avec 18 millions de visiteurs annuels) et du tourisme suscité par le parc d’attraction Disneyland. C’est dans ce contexte que le cabinet New-Yorkais Ernst & Young a présenté son rapport le 18 novembre dernier au Syndicat d’Agglomération Nouvelle (SAN) du Val d’Europe. Un rapport qui présente les conclusions sans appels d’une enquête sur l’avenir de la zone économique, commandée par le SAN : « Si le Val-d’Europe maintient le cap actuel, dans 25 ans il sera obsolète ».
A l’instar des investissements étatiques insuffisants, les entrepreneurs privés peinent à s’installer au Val d’Europe malgré les avantages fiscaux. A la base, un soucis géographique : faire venir ses salariés dans l’Est parisien alors que les cadres ou les patrons sont souvent domiciliés à l’Ouest. D’autre part, l’aménagement du territoire n’est pas terminé. Jérôme Lecerf, directeur de cabinet du SAN explique : « Le Val-d’Europe est un territoire de développement. C’est à la fois notre force et notre faiblesse car nous sommes encore dans une phase transitoire et la zone n’est pas encore pleinement reconnue ».
Cependant, le problème majeur se situe plutôt dans l’administration du Val-d’Europe. Le rapport appelle clairement à un changement du mode de gouvernance de la zone. En effet, jusqu’ici c’est une convention tripartite signée en 1987 entre le SAN (représentant les élus locaux), les « EPA » (représentant l’Etat) et Disney (qui dispose d’un droit de développement de la zone) qui organise cette gouvernance. Or, bien que recherchant une synergie entre ces trois acteurs, une telle organisation tricéphale semble dans les faits contre-productive. Lorsque le SAN requiert des investissements supérieurs, l’Etat le renvoie vers les « EPA » dont les budgets sont fixés par avance. Disney, en tant que société privée mandatée pour développer la zone, se place dans une logique touristique qui alimenterait son parc d’attraction privilégiant ses propres intérêts. Si Jérôme Lecerf affirme que « la consultation entre les trois organismes prédomine » il avoue à mots couverts que la situation l’inquiète en déclarant que « le Val d’Europe se doit de diversifier son activité. Le tourisme est un pilier, comme l’activité du centre commercial, mais se reposer uniquement dessus serait une erreur ». Toutefois, le rapport d’Ernst & Young n’aura visiblement pas convaincu sur ce point puisque la convention de 1987, qui devait prendre fin en 2017, vient d’être prolongée jusqu’en 2030.
Logements
Mais le développement économique du Val d’Europe, au-delà du choix entre tourisme et diversification, passe aussi et surtout par une politique habile et volontaire en matière de logement. Il s’agit de rendre les communes de Marne-la-Vallée, Bussy-Saint-Georges, Chessy ou encore Serris attrayantes pour l’habitant. Or si des zones pavillonnaires et des quartiers de petits immeubles cossus ont été massivement construits, bien desservis par un réseau dense de bus « écolos », ce sont les résidents eux-mêmes qui se montrent de moins en moins satisfaits. La raison principale ? L’augmentation du nombre d’habitants et les incivilités qui en découlent. « J’habite près de la gare de RER de Val d’Europe et tous les murs sont tagués maintenant. Ce n’était pas ainsi il y a deux ans ! » peut-on lire sur un forum. « Le centre commercial attire des bandes de voyous qui viennent ensuite se promener dans les quartiers chics » aperçoit-on au détour d’une autre page web. « C’est surtout la ville qui a grossi trop vite, les gens se marchent dessus » commente un commerçant résidant à Chessy. Pour Jérôme Lecerf, ces témoignages sont exagérés par rapport à la réalité du terrain. « Il y a bien des problèmes, comme dans toute ville nouvelle qui se développe mais nous travaillons à les résoudre. Certaines personnes disposent d’une grande propension à exagérer, et à faire passer le Val d’Europe pour le Chicago des années 20. Il n’en est rien » défend-il.
Il ne faudrait surtout pas, en plus, que Val d’Europe écorche son image de « ville tranquille ».
