
Si l’on demande à des joueurs de football professionnels tels que Samy Traoré, Steve Savidan ou encore Benoît Pedretti, de citer une joueuse actuelle de l’équipe de France de football, cela les laisse perplexes. « Marinette Pichon » réplique le milieu de terrain de l’AJA, qui n’a pas entièrement tort, mais l’attaquante du Juvisy FCF a pris sa retraite internationale, donc mauvaise réponse. Ce petit questionnaire, qui a été mené par le magazine FranceFootball, à pour but de montrer à quel point le football féminin est ignoré de tous, même des plus grands. Le football féminin suit les mêmes règles que celui pratiqué par les hommes. En revanche, le « foot féminin » possède son histoire propre, notamment en raison des tentatives masculines pour exclure les femmes du jeu. Quand les femmes ont-elles commencé à enfiler les crampons ? La toute première apparition d´une jeune femme sur un stade de football pour y jouer, a eu lieu en mars 1895 en Angleterre. En France, c’est en 1917, que les femmes pratiquent la discipline, mais très vite les joueuses se verront priées de replier shorts et crampons. Pourtant, elles persistent, et le 18 janvier 1918, naît la Fondation de la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France. Cela marque ainsi la naissance du premier championnat féminin, à l´initiative des clubs parisiens. Le 5 décembre 1921, la Football Association interdit le football féminin. Terminé l´engouement du début, bientôt les pratiquantes doivent faire face aux idées radicales de certains : « Que les jeunes filles fassent du sport entre elles, dans un terrain rigoureusement clos, inaccessible au public : oui d’accord. Mais qu’elles se donnent en spectacle, à certains jours de fêtes, où sera convié le public, qu’elles osent même courir après un ballon dans une prairie qui n’est pas entourée de murs épais, voilà qui est intolérable ! » déclare en 1925, Henri Desgranges, cycliste, dirigeant et journaliste français de l´époque. Le football féminin disparaîtra petit à petit.
La renaissance.
Malgré la future création de la Fédération Française de Football (la FFF), les clubs disparaîtront un à un jusqu’en 1937. Le « foot féminin » doit se faire à une évidence, qui sera d’ailleurs son combat, il ne bénéficie pas du même droit que son homologue masculin bien qu´ils partagent les mêmes règles. Il faut attendre 1964, date à laquelle une équipe féminine se reforme, lors d’un tournoi contre des pompiers. Sous les regards étonnés et enthousiasmés de 500 personnes, à la surprise générale, les femmes l’emportent. La question de la femme et du football revient tout doucement sur le terrain. En 1967, la même équipe jouera pour la première fois contre une autre équipe complètement féminine. Le football féminin renaît ! Le 24 août 1968, le stade de Reims contre Valenciennes fait la Une du quotidien l´Union. L’équipe féminine du stade de Reims va grandement participer à l’opportunité d’un second souffle pour la discipline. C’est ensuite au tour de la région d’Alsace, de Nice, de Marseille et de Paris de rebondir. Partout des équipes de femmes se forment ou se reforment. Le 29 mars 1970, la Fédération reconnaît officiellement le football féminin. Le premier championnat de France, mis sur pied pour la saison 1974-1975, sera composé de 16 équipes. C’est cette même année que FranceFootball, annonce en Une : « Bienvenue au football féminin ». C’est officiel, le football ne sera plus féminin mais au féminin.
« Faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer ? ».
La FFF a lancé une nouvelle campagne pour promouvoir le football féminin et remplir les stades. Matthieu Brelle-Andrade, l’attaché de presse de l’équipe de France au sein de la FFF, explique cette démarche. « Les filles sont qualifiées pour l’Euro 2009 qui se déroulera en Finlande. Le contexte était propice à un coup de pub. Le but est avant tout de développer une couverture médiatique. Par ailleurs, la « Fédé » souhaite casser les clichés autour de la discipline, mettre en avant le côté sexy et glamour et enfin montrer un certain ras-le-bol qui transparaît dans le slogan de la campagne et dans le regard des filles » confie t-il. Il commente le fait que le football féminin soit aussi peu populaire par le manque d’adhérentes. « En France, en 2007, on comptait 60 521 licenciées, un chiffre qui a augmenté de 20% en deux ans. Ce nombre reste très faible comparé à nos voisines Européennes. Ainsi, il est difficile d’attirer les partenaires, il y a moins de structures qui sont mises en place, par manque de moyens. De plus, il y a un manque de performances de l’équipe, ce qui fait que personne ne s’y intéresse vraiment » analyse M. Brelle-Andrade. Pourtant, les effets de la campagne se font sentir petit à petit. La chaîne l’Equipe.TV, va réaliser un reportage dans les coulisses de l’équipe, lors du match contre la Suisse qui aura lieu mercredi 22 avril 2009. Bruno Bini, entraîneur des Françaises, déclare : « Nous n’avons jamais eu autant de demandes d’interviews que depuis la publication des ces photos. Ça prouve qu’on est dans un monde de machos et de « beaufs » ! ». Gaétane Thiney, Corine Franco, Sarah Bouhaddi et Elodie Thomis ont accepté de participer à cette campagne, car elles savent que le manque de communication de leur part, handicape la popularité de leur discipline. « La balance entre le foot féminin et masculin est totalement déséquilibrée. La seule parité qui existe c’est au niveau du centre de formation, où les jeunes filles bénéficient d’une branche spécifique à Clairefontaine. Ce qu’il faut savoir, c’est que les joueuses n’ont pas de statut de professionnel. La plupart du temps, ce sont des étudiantes, des professeurs de sport, des éducatrices, ou encore elles travaillent pour leur club, comme c’est le cas à l’Olympique Lyonnais où les filles sont des employées. On espère tous une évolution dans ce domaine d’ici l’année prochaine » poursuit l’attaché de presse des Bleues.
Les différences.
André Antonini est le secrétaire général du Juvisy FCF. « Le football féminin-à notre niveau- est plus technique que physique. L’engagement est moindre. Ceux qui le découvrent disent le préférer à celui pratiqué par les garçons. J’ai cependant vu des matchs de football d’équipes féminines démarrant, ce n’est pas très beau et c’est vraiment loisir. Nous avons en moyenne 200 spectateurs ce qui est souvent plus qu’un match de garçons de CFA ou CFA 2, mais ce n’est pas partout pareil ». Laura Georges, défenseur international à l’Olympique Lyonnais, fait le même constat : « Au niveau du jeu, notre discipline s’appuie sur la qualité d’un collectif, de la tactique et non sur la puissance physique. Les joueuses de football sont avant tout des passionnées, faisant beaucoup de concessions pour allier leur vie sportive et leur professionnelle ou étudiante ». Passionnés du ballon rond, devenez des passionnés du football féminin !