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Le free fight, un phénomène qui divise

jeudi 1er avril 2010, par Johann Zarca

Le free fight est plus qu’un sport, c’est un phénomène, peut-être le miroir d’une société qui évolue très vite. Depuis quelques années, il connaît une ascension fulgurante en nombre de pratiquants et de spectateurs. La France reste très partagée sur le sujet, entre les pro et les anti free fight.

Tout se passe dans une cage, parfois sur un ring. Deux combattants s’affrontent dans les règles du combat libre, plus connu sous le nom de Free Fight. Cela ressemble à un mélange de boxe thaïlandaise (coups de pieds/poings/genoux et coudes autorisés) et de lutte, avec des projections souvent spectaculaires. Mais la particularité de ce sport, c’est ce qu’il appelle le GROUND AND POUND, lorsqu’un adversaire immobilise l’autre au sol et le rue de coups. Du jamais vu dans les arts martiaux ou les sports de combat. Depuis quelques années, le Free Fight connaît un immense succès, puisque simplement en France, le nombre d’adhérents a été multiplié par 8 en l’espace de 10 ans. Les grands championnats professionnels comptent près de 90000 spectateurs, et ce chiffre ne cesse de croître. Le combat libre, né Vale Tudo (« tout est permis » en portugais) a vu le jour dans les favelas brésiliennes, devenant à l’exemple du Sambo en Russie, ou de la boxe au pays du sourire, un réel moyen de promotion sociale. Les combattants des bidonvilles de Rio sont ainsi aux centres de paries qui peuvent rapporter gros, et peuvent aussi devenir des véritables stars dans leur pays. Wanderlei Silva, pour ne citer que lui est au Brésil une légende vivante. Il est considéré comme l’un des meilleurs combattant du monde, et peut recevoir jusqu’à 200000 dollars par combat. Dans le milieu, il est connu pour son extrême combativité et sa provocation. Ses oreilles en choux qui ont frotté des milliers d’heures le tatami sont sa marque de fabrication. L’histoire du combat libre est similaire à celle de la boxe anglaise. À l’origine, il s’agit plus d’un moyen de survie que d’une passion, un sport ou un business. Puis arrive l’heure ou des combats sont organisés de façon clandestine, ce qui commence à générer de l’argent. Incontrôlable, le sport se popularise à grande vitesse, avec l’arrivée d’un grand nombre de pratiquants et de spectateurs, et l’état accepte que de le rendre légale. La machine infernale est lancée, le free fight, comme la boxe devient un véritable spectacle et engendre un business énorme.

La situation en France « Les gladiateurs de temps modernes » titrait l’émission « 90 minutes » diffusée chaque semaine sur canal +, au sujet du combat total (autre appellation de ce sport). Il est évident que le free fight, dans l’hexagone ne fait pas bonne presse. La France fait partie des derniers pays occidentaux à vouloir contenir ce sport dans la marginalité. Les compétitions officielles sont interdites, bien que la pratique en salle soit autorisée, et les combattants doivent se rendre à Amsterdam ou à Londres pour y participer. Mais ça ne s’arrête pas là. Même la retransmission reste interdite. Le conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) considère que le sport est susceptible de nuire gravement à l’épanouissement mental, physique ou moral des mineurs. Des chaînes comme Eurosport et Multivision se sont ainsi vu amputer du Free fight dans leur programme. Les représentants des grandes fédérations martiales comme le Judo approuvent cette décision et voient ce phénomène d’un très mauvais œil. C’est le cas de Bruno, éducateur sportif. Il enseigne le Judo depuis bientôt 20 ans et se range du côté des anti-free fight. Pour lui, il s’agit d’un sport dénué de règles et d’esprit comme le fair-play ou les valeurs de l’Olympisme prôné par Pierre de Coubertin. « Si on a besoin de voir du sang, si on a besoin de voir des gens souffrir ou voir quelqu’un se faire détruire au sol, je crois que quelque part on n’est plus dans l’humain. On est dans autre chose, on est presque en guerre ! »dit-il. Xavier, ceinture noire de Karaté ne comprend pas non plus. Il a visionné une vidéo des premiers tournois de combat libre grand public, « L’ULTIMATE FIGHTING CHAMPIONSHIP ». Ce qui l’a le plus marqué, c’est l’aire de combat. « Il m’est impossible de comprendre cet engouement à vouloir s’affronter dans une cage. Nous ne sommes pas des animaux. Comment peut-on permettre ça ? »

Du free fight au MMA Mardi matin, dans une salle de boxe de Noisy-le-grand (93), au centre d’une cité qu’on appelle le Pavé neuf, Makhtar Gueye s’entraîne dur. Il est considéré comme le meilleur combattant français de sa catégorie, et combat à Moscou, aux Etats-Unis, et dans tous les pays qui acceptent le combat libre. Athlétique, il ne ressemble en rien de ce que l’on peut attendre d’un free fighteur de banlieue. Il s’exprime bien et présente une attitude décontractée. Il s’entraîne tous les matins et travail dans la télécommunication. Il souffre de ne pas pouvoir vivre de sa passion. Même si les combats lui rapportent un peu, ce n’est pas suffisant pour constituer un salaire stable. « La France est en retard, il y a de nombreux combattants qui ne demandent qu’à s’exprimer. Nos entraînements sont semblables à ceux des athlètes de haut niveau, mais nous manquons vraiment de considération. On nous prend pour des bêtes, alors que nous sommes des sportifs ». Il est vrai que les grandes compétitions de free fight comme le Pride (la plus importante) regorgent de véritables athlètes. On peut citer Pawel Nastula et Hidehido Yoshida, tous deux anciens champions olympiques de Judo et Karem Ibrahim, médaille d’or aux JO en lutte Gréco-romaine, convertis au combat libre. Vincent est pratiquant depuis bientôt 3 ans. Lui voit la prohibition de façon très négative. « De plus en plus de jeunes en viennent à combattre de façon clandestine, avec des arbitres non qualifiés et des coups dangereux qui peuvent être autorisés. Cela peut mener à des drames. D’autres partent combattre à l’étranger, mais vu qu’ils manquent clairement de moyens durant leurs entraînements, ils se font ratatiner ». Pour Bertrand Amoussou, ancien champion de judo, premier français à avoir participé au Pride et président de la fédération française de combat libre, Free Fight n’est pas un terme approprié. Il préfère employé le terme MMA (mixed martial art), pour montrer qu’il s’agit bien d’un sport de combat, mêlant différentes disciplines martiales. « Le pratiquant de MMA est très complet. Il est à la fois bon judoka et bon boxeur. Je ne comprends pas tout cet acharnement autour de ce sport. Il y a des règles, on ne combat pas comme on veut. De plus, les zones de frappes sont multiples. En boxe, presque un coup sur deux est porté à la tête, c’est autrement plus dangereux ». Pour Bertrand Amoussou, ça ne s’arrête pas là. Les pratiquants d’arts martiaux diverses se dirigent de plus en plus vers le MMA, dans une recherche d’efficacité. « Les fédérations comme le judo se retrouvent à perdre des adhérents, ce qui explique très certainement leur comportement vis-à-vis de nous. ».

Johann Zarca

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