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Le mec de la tombe d’à côté

jeudi 1er avril 2010, par Emmanuelle Ringot

Il est commun de s’amouracher d’un nouveau livre juste de par son titre. « Le mec de la tombe d’à côté » de Katarina Mazetti, en est de ceux-ci.

L’histoire ? Deux personnages que tout sépare s’observent du coin de l’œil avec condescendance dans un cimetière et se méprisent réciproquement en silence. Désirée, bibliothécaire de métier et citadine de notre époque, s’en va se recueillir sur la tombe de son défunt mari. C’est là, qu’elle rencontre Benny un agriculteur, vieux garçon, qui vit seul depuis le décès de sa mère.

Lui aussi, n’a guère d’égards pour la « Crevette » qui occupe le même banc du cimetière que lui en lisant des poésies. Rien, a priori, ne rapproche ces deux-là, et pourtant, un sourire éclatant simultanément sur leurs lèvres, suffira pour que s’opère un coup de foudre. S’en suit une passion dévorante. Mais la réalité va rattraper les tourtereaux bien plus vite qu’ils ne l’attendaient. Désirée est loin d’être la femme d’intérieur ni le fin cordon bleu dont rêve Benny ; et lui ne raffole pas du tout des loisirs culturels de sa belle. Et puis d’autres incompatibilités se greffent et en définitive, leur seul terrain d’entente est leur relation physique.

Cette histoire, drôle et intelligente, est racontée à deux voix. Le lecteur est pris à témoin dans les pensées différées des deux protagonistes. Chacun des amoureux refuse de faire des concessions et reproche à l’autre son manque de compréhension. Et on se prend à rêver de leur voir trouver un terrain d’entente, un espace commun où vivre leur amour. Un appel aux pulsions édulcorées de nos feu espoirs adolescents. Ici, Katarina Mazetti, auteure suédoise de 65 ans, se penche sur les déshérités de la love story ; car entre Désirée, et Benny, il y a un fossé, bien plus grand qu’une tombe ! C’est peut-être sa formation de journaliste radio ou ses nombreux ouvrages de livres jeunesse qui a donné à Katarina Mazetti ce style factuel et très proche de notre réalité. A travers la rencontre improbable de ces deux marginaux, elle nous emmène, sans en avoir l’air, vers des questions naïves, mais inévitables : l’amour est-il plus fort que l’appartenance à une classe sociale ? Le coup de foudre est-il une simple utopie contemporaine ?

Certes, on pourrait regretter que ce roman à deux voix soit un peu simpliste et pas assez nuancé mais fort heureusement, le côté fleur bleue est largement compensé par une touche réelle d’humour, et au final, on trouve un roman qui se lit fort bien et qui, sans révolutionner la psychologie sentimentale, apporte une touche d’humanité dans un monde en crise. Plus tous jeunes, pas très beaux, ni vraiment riches, ils s’aiment ! Rien de très nouveau dans le monde littéraire, mais un charmant "Pourquoi pas nous ?" qui redonne au lecteur, une petite dose d’espoir. Un souffle de bons sentiments pas vraiment écœurant.

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