L’héroïne brune, de mauvaise qualité, est souvent coupée avec de la lessive ou de la caféine
Brown sugar, rabla, kabla pour la brune. Thai ou baïda pour la blanche : les noms ne manquent pas pour l’héroïne. Cet opiacé est en train d’effectuer un retour en force dans la consommation des drogues en France. D’après le rapport 2010 de l’Observatoire français de drogues et des toxicomanies (OFDT) : « des usages d’héroïne chez des personnes parfaitement insérées dans la société et le monde du travail de même qu’en milieu rural, ont été observés ». En 2008, les interpellations pour usage d’héroïne ont augmenté de 21% par rapport à 2007. Plus inquiétant, les consommateurs sont de plus en plus jeunes : en 2008, la fréquence d’expérimentation chez les jeunes de 17 ans était de 1,1%, soit 56 % d’augmentation par rapport à 2003.
Il existe deux types d’héroïne. La brune –qui est la plus répandue en France et de moindre qualité- et la blanche. D’après l’OFDT « 94% des saisies d’héroïne en France sont de la brune ». On ne trouve de l’héroïne blanche en France que dans certaines villes des banlieues parisiennes localisées notamment dans les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis : "l’héroïne touche de plus en plus de jeunes issus des quartiers populaires et des banlieues périphériques qui jusqu’alors ne consommaient que du cannabis », précise le rapport de l’OFDT. La brune est parfois tellement coupée qu’elle peut prendre une teinte blanche. Pour améliorer leurs profits, les dealers n’hésitent pas à couper l’héroïne brune avec des produits très variés tels que de la lessive ou du sucre. Mais le paracétamol et la caféine restent les additifs les plus souvent rencontrés lors de l’analyse d’héroïne après saisies.
45 euros le gramme
Moins chère que la cocaïne, -le prix du gramme d’héroïne est stable en région parisienne et s’élève à 45 euros, contre 65 euros pour la cocaïne- l’usage de ce puissant stupéfiant est en train de se banaliser : « L’héroïne, pour sa part, étend « sa clientèle » vers des populations de plus en plus variées notamment les plus jeunes usagers, le milieu festif et des populations très insérées socialement », détaille le rapport.
Une consommation procure un effet d’euphorie et de plaisir beaucoup plus puissant que la morphine. L’intensité et l’instantanéité sont des facteurs caractéristiques de l’héroïne car le produit arrive très rapidement au cerveau. Cette drogue était souvent injectée par intraveineuse mais, autres temps, autres mœurs : l’héroïne est de plus en plus fumée ou inhalée. L’épidémie du virus du Sida ayant certainement joué un rôle majeur dans ce changement de consommation. « La consommation d’héroïne devient de plus en plus festive et s’intègre souvent dans une poly-consommation », précise Pierre-Arnaud Chouvy, géographe chargé de recherche au CNRS et spécialiste de géopolitique des drogues. Souvent caractérisée comme une drogue employée par des marginaux, l’héroïne est en train de se diffuser dans tous les milieux sociaux et effectue un retour au premier plan.