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Le sursaut attendu du Parti Socialiste

jeudi 7 janvier 2010, par François Perrigault

Le Parti Socialiste est en position de force pour remporter les élections régionales les 14 et 21 mars prochains, malgré la poussée d’Europe Ecologie. Le tour d’horizon des enjeux pour chaque parti politique permet de s’en convaincre.

Qui de Cécile Duflot pour les Verts ou de Martine Aubry pour le PS sortira vainqueur des régionales ?

Stop ou encore pour Europe Ecologie ?

La révolution verte est en marche. Au niveau politique tout du moins. Requinqués par leur bon score aux dernières européennes (15 %), les écologistes se sentent forts et ont choisi la stratégie de l’autonomie au premier tour des régionales le 14 mars 2010. « C’est avant tout l’occasion pour eux de se compter », explique Henry Rey, politologue au CEVIPOF (Centre de recherche de sciences politiques). Le mouvement Europe Ecologie sait qu’il ne réalisera pas la même performance une deuxième fois de suite. Traditionnellement réservés à l’heure des européennes, les Français sont plus proches du scrutin régional. Et ils sont attachés à leurs présidents de région, parmi lesquels plusieurs se représentent. Mais les écologistes estiment qu’ils ont plus à gagner en se présentant face au Parti socialiste (PS). Ils pensent que le climat politique leur est propice puisque la formation de Jean-Paul Huchon, candidat en Ile-de-France, est toujours en crise. Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts et tête de liste d’Europe écologie en région parisienne, et ses amis prennent un risque mesuré. Ils croient à un rassemblement avec le PS au second tour en cas de résultats décevants. Mais ce serait oublier un peu vite l’extrême-gauche.

Duel pour le leadership à la gauche de la gauche

Qui du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot, du Parti de Gauche (PG) porté par Jean-Luc Mélanchon ou du Parti Communiste (PC) mené par Marie-Georges Buffet remportera le titre de champion de l’extrême gauche à l’issue des régionales ? Sûrement pas le parti du postier de Neuilly-sur-Seine. Fidèle à sa politique d’opposition, le NPA a décidé de faire cavalier seul pour cette nouvelle échéance électorale. Choix périlleux selon certains observateurs comme Jean Chiche, politologue au CEVIPOF, car le nouveau parti a besoin d’élus locaux pour diffuser ses idées et s’implanter durablement dans le paysage politique français. Mais Serge Cosseron, un spécialiste de l’extrême gauche en France, a une analyse différente : « On peut croire à un suicide de l’extérieur mais le choix de ne passer aucune alliance permet de solidifier le NPA à l’intérieur car des divisions sont apparues ces derniers mois ». Le PC devrait donc sauver l’honneur et obtenir au niveau national un meilleur score que son adversaire trotskiste. Mais le parti fondé en 1920 ne peut pas s’en contenter : il ne vit plus que grâce à ses élus locaux. Pour ne pas perdre trop de sièges, le PC a donc passé une alliance et formé le « Front de Gauche » avec le parti en vogue du moment à l’extrême gauche : le Parti de Gauche. Mais cette stratégie est à double tranchant. Jean-Luc Mélanchon fait figure de sauveur pour le parti de Marie-George Buffet mais il pourrait devenir son fossoyeur, selon Serge Cosseron. Toutefois, les communistes pourraient mettre la main sur plusieurs sièges. Le PS pourrait les préférés aux Verts s’il estime avoir plus à gagner.

Le PS aussi fort qu’en 2004 ?

« Nous avons un grand nombre de régions et nous devons toutes les garder, c’est évident, mais nous pouvons toutes les gagner ! » Martine Aubry, la secrétaire nationale du PS, a dévoilé ses ambitions le samedi 12 décembre lors du lancement de la campagne du parti pour les élections régionales. Elle a besoin de faire le grand chelem pour assoir définitivement son leadership sur le Parti Socialiste. Sa rivale, Ségolène Royale, est en position favorable pour l’emporter en Poitou-Charentes. Un succès dès le premier tour lui permettrait de se refaire une santé alors qu’elle semble perdre du terrain sur ses rivaux pour la présidentielle de 2012. Au-delà de ces considérations personnelles, la formation dirigée par la maire de Lille a l’occasion de montrer qu’elle reste la première force politique au niveau régional. Elle devra choisir ses alliés au second tour entre le Modem, les Verts et le Front de Gauche. L’exercice s’annonce ardu compte tenu des inimitiés existantes entre ces trois forces politiques. Mais avant de penser à la dernière ligne droite, les socialistes doivent capitaliser un nombre suffisant de voix dès le premier tour. La campagne sera déterminante. L’intérêt du PS est de mettre en avant son bilan dans les 20 régions (sur 22) qu’il détient depuis 2004. « Mais les élections pourraient se jouer aussi sur le plan national avec un affrontement droite-gauche », selon Denis Lefebvre, le secrétaire général de l’Office Universitaire de Recherche Socialiste (OURS). C’est l’objectif de Nicolas Sarkozy.

L’UMP sauve ce qu’il peut

L’UMP a décidé de nationaliser la campagne. Le gouvernement a lancé le débat sur l’identité nationale. « La droite essaie de siphonner à nouveau l’électorat du Front National (FN) mais pas sûr qu’elle puisse refaire le coup de 2007 », observe Henri Rey, politologue au CEVIPOF. L’électorat de l’extrême droite qui avait rallié Nicolas Sarkozy a en effet mal vécu la politique d’ouverture symbolisée par l’arrivée de Frédéric Mitterrand au ministère de la Culture et de la Communication. Autre élément de la stratégie du parti, les têtes de listes ont été désignées dès le mois de mars 2009. Résultat : certains titulaires d’un portefeuille gouvernemental étaient en première ligne. Parmi eux, Roselyne Bachelot devait tenter de remporter la région des Pays de la Loire. Mais le vent a tourné depuis et la ministre de la Santé s’est retirée au mois d’octobre, sous couvert de non-cumul des mandats. Les femmes (et les enfants) d’abord quand il y a danger. Abandonné l’espoir de reprendre une ou deux régions au P.S ; le locataire de l’Elysée et ses « collaborateurs » à la tête de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) essaient de limiter les dégâts par tous les moyens. « Une claque aux régionales pour la majorité entraînerait un climat anti-gouvernemental plus fort encore qu’aujourd’hui », d’après Jean Chiche. L’UMP tente donc de minimiser l’importance de ce scrutin. La majorité évoque des « élections intermédiaires » dans un climat de crise et fait profil bas. Elle se fixe désormais pour objectifs de consolider ses positions dans les régions. Ce n’est pas son allié du Nouveau Centre qui l’aidera. Cette fédération d’élue n’a pas une base solide.

Un révélateur pour le MODEM et le FN

Le Mouvement Démocrate (Modem) s’attend lui aussi à passer un moment difficile. Ces élections sont une épreuve pour la formation de François Bayrou car elle a été taillée pour le scrutin présidentiel. Les régionales lui permettront de connaître son poids électoral et de savoir quelle conduite suivre pour passer des alliances. Le Modem est prêt à se joindre au P.S mais les socialistes sont toujours divisés sur ce point. Les arrangements se feront donc région par région. L’objectif des régionales est identique pour le Front National (F.N) : savoir où il en est électoralement. Son leader historique, Jean-Marie Le Pen, mène en principe sa dernière campagne. Et pourquoi pas un bon résultat en guise de cadeau d’adieu ? La formation d’extrême droite pourrait profiter du désamour entre ses anciens électeurs et Nicolas Sarkozy. Autre paramètre qui jouerait en sa faveur : la participation. Henri Rey note : « Une forte abstention favorise les partis extrêmes ». Si une large frange de la population boude les urnes, le FN pourrait reprendre des couleurs.

François Perrigault / © Audrey Ak( Flickr)

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