Des milliers d’Iraniens ont manifesté, lundi 8 décembre, dans les rues de Téhéran et partout dans le pays. Malgré le dispositif impressionnant des forces de l’ordre, ils se sont réunis à l’occasion de la journée nationale de l’étudiant qui marque l’anniversaire de la mort de trois étudiants anti-américains, tués en 1957 par la police du shah. Scandant « Mort au dictateur » et « Allah o akbar », ils ont une nouvelle fois exprimé leur opposition au gouvernement. En dépit des risques encourus, les manifestations s’intensifient et se généralisent. Armin Arefi, journaliste franco-iranien basé en France, nous éclaire sur la question.
Quelles sont les nouveaux moyens utilisés par l’opposition pour manifester ?
Armin Arefi : Des photos de guides suprêmes ont été brûlées : ça, c’est tout à fait nouveau. Ce sont eux qui détiennent le pouvoir en Iran, et non Mahmoud Ahmadinejad. Ce geste signifie donc que l’opposition en veut maintenant au système tout entier, et ne réclame plus simplement l’organisation d’un nouveau vote, comme il y a six mois après la réélection contestée d’Ahmadinejad. Mais surtout, ils choisissent des dates clés pour manifester et contrer le gouvernement. Lors de cérémonies religieuses, ils ont le droit de descendre dans la rue. Dans 10 jours par exemple, ils en profiteront pour manifester une nouvelle fois. Pour échapper à la répression enfin, ils s’organisent au niveau de chaque campus, notamment grâce au bouche à oreille. Malgré la coupure d’internet et des téléphones portables, ils ont réussi à s’organiser en amont de la manifestation.
Le dispositif policier a-t-il été renforcé ?
A.A : Il n’y a jamais eu autant de forces de l’ordre. Il y avait même plus de policiers que de manifestants. Leur nouvelle méthode, c’est la caméra : de nombreux miliciens ont été chargés de filmer les militants et les images sont ensuite diffusées sur internet avec un appel à la dénonciation. On sait également que la plus part des bassidjis (miliciens islamiques) étaient à la solde du gouvernement qui les rémunère : ils n’agissaient pas par idéologie.
La population a-t-elle les moyens d’exercer une véritable pression sur le gouvernement ?
A.A : Aujourd’hui c’est plus un marathon qu’un 100 mètres. Il y a pas mal de dissensions au sein du gouvernement et Ahmadinejad est isolé. A cela s’ajoute la pression de la Communauté Internationale sur la question du nucléaire et la contestation populaire. Tout cela permet de penser que les choses vont bouger, même si c’est dans très longtemps. C’est une guerre d’usure et les Iraniens n’ont plus rien à perdre. Ils n’ont plus peur.