La Russie a-t-elle peur du terrorisme ? Visiblement non. Le président russe, Dimitri Medvedev, a annoncé qu’il maintenait sa visite en Inde à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 6 décembre prochain. Cette venue pourrait pourtant être perçue comme un déplacement à haut risque puisqu’elle intervient seulement quelques jours après les attentats terroristes du 26 novembre dernier à Bombay, la capitale économique indienne. Ces actes ont été commandités, selon le Wall Street Journal, par Yusuf Musammil, le chef des opérations terroristes contre l’Inde au sein du groupe paksistanais Lashkar-E- Taïba. Ils avaient causé la mort de 188 personnes et blessé quelques 300 autres lors d’une prise d’otages dans deux hôtels de luxe, un centre juif, une gare de chemin de fer et deux hôpitaux. Immédiatement, Dimitri Medvedev les avaient qualifiés de « monstrueux et inhumains ».
Pour autant, ce nouveau pic de tension et de violences internationales en Asie n’entache pas la mission diplomatique du président russe en Inde. « La décision de Dimitri Medvedev d’aller en Inde après ces attentats massifs est un réflexe classique de chef d’Etat. Son déplacement est d’ordre symbolique. Il est là pour montrer que la Russie est solidaire de ce pays », explique Piotr Smolar, journaliste pour Le Monde et spécialiste de la question russe. « Il a agi avec bravoure », continue Laurence Habay, journaliste au Courrier International. « C’est le premier chef d’Etat à se déplacer en Inde après les attaques. Il bénéficiera probablement de retombées positives en terme de crédit politique ».

Des enjeux militaires de taille
Si la rencontre entre le président Medvedev et le premier ministre indien Manmohan Singh s’inscrit d’abord dans une logique de soutien au peuple indien. Elle intervient aussi et surtout pour recentrer les relations russo-indiennes sur différents domaines stratégiques. Cette venue permettra d’abord de faire avancer les pourparlers entre Moscou et New Dehli sur des questions économiques et de défense militaire. « La Russie est un des plus grands exportateurs d’armes au monde et l’Inde, un très grand acheteur d’équipements militaires russes. Les deux pays ont donc besoin l’un de l’autre. Des contrats importants sont régulièrement signés », explique Piotr Smolar. 70% des armes indiennes viennent en effet de Russie. A cet effet, plusieurs documents doivent êtres signés à l’issue de la rencontre, dont l’accord sur la construction de quatre réacteurs nucléaires à Kudankulam, en Inde, où la société russe Atomstroyexport construit déjà deux blocs nucléaires.
En outre, cet échange russo-indien prévoit également d’intensifier la coopération de ces deux grands états sur la lutte contre le terrorisme. « La Russie a adopté une politique implacable sur cette question. C’est un pays qui en a malheureusement fait l’expérience », indique Piotr Smolar.
Préserver les partenariats
D’autres enjeux, politiques cette fois, unissent ces deux partenaires stratégiques de longue date. Ceux-ci sont notamment liés à la question du Pakistan. En effet, si l’Inde a toujours entretenu, depuis la partition de 1947, d’houleuses relations avec son voisin musulman, la Russie a toujours fait en sorte de préserver sa bonne entente avec le gouvernement indien. Afin de ne pas se mettre à dos ce pays, elle a par exemple toujours refusé de livrer des armes aux Pakistan. « Les liens historiques et politiques entre l’Inde et la Russie ont toujours été maintenus et leurs intérêts sont liés par le regroupement de pays économiques émergents appelé BRIC, qui rassemble le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine », explique Laurence Habay. Etant l’état le plus peuplé au monde derrière la Chine, l’Inde s’affiche comme un client mondial extrêmement convoité. Si Moscou a promis de tripler ses échanges avec elle d’ici 2010, elle devra, en revanche, se méfier de la concurrence qui s’accroit de plus en plus depuis que les Etats-Unis sont devenus les premiers partenaires commerciaux de l’Inde.
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