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Regain des tensions intercommunautaires au Nord Kosovo

Mitrovica : une ville entre deux eaux

mercredi 4 février 2009, par Paul Bouffard

Le déploiement de la nouvelle Force de Sécurité du Kosovo (FSK) suscite de nombreuses réactions dans la nouvelle république des Balkans. Les Kosovars d’origine serbe restent hostiles à toute intervention occidentale. Dans les rues de Mitrovica, la tension est palpable. Une grenade a été lancée contre des locaux de la FSK à Pec. Les militaires français de la KFOR, déjà en poste dans le Nord du Kosovo, redoublent de vigilance. Reportage de nos envoyés spéciaux Paul Bouffard, Samantha Lille, Julie Segala et Matthieu Michal, étudiants en 3ème année de Journalisme.

Dix mois après les émeutes au tribunal civil de Mitrovica, le Kosovo entre dans une nouvelle phase de tension. L’Union Européenne a déployé une force de justice sur le territoire : l’EULEX (Mission de régulation de la loi de l’Union Européenne), forte de 1400 juges et policiers européens et 500 personnels locaux. Une action de justice et de police qui veut stabiliser ce territoire en perpétuelle reconstruction depuis la fin de la guerre.

Les agents de la MINUK, installés par l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord), se sont retirés pour laisser place à de nouveaux fonctionnaires kosovars et étrangers. L’EULEX, avec ses policiers, juristes et douaniers aura pour mission d’assurer l’état de droit au Kosovo. Elle s’attachera notamment à mener l’enquête en cas de crime grave. La mission s’attellera au règlement de certains dossiers de crime de guerre laissés en suspens par son prédécesseur, la MINUK (Mission des Nations Unies au Kosovo). Pour seconder l’EULEX, la Force de Sécurité du Kosovo (FSK) disposera de 1500 hommes. Sa tâche consistera de réguler la violence et de faire disparaitre les stocks d’armes encore en circulation au Kosovo.

Belgrade, la capitale de la République Serbe, s’est résolue à laisser intervenir l’Union Européenne dans ses affaires territoriales. La Serbie considère le Kosovo comme une province méridionale et conteste devant la Cour internationale de justice la légalité de l’indépendance de Pristina, capitale kosovare à majorité albanaise.Toutefois, depuis longtemps la communauté d’origine serbe refuse le déploiement d’une force extérieure au pays, désireuse de contrôler l’ensemble du territoire.

Aussi, les serbophones ne veulent pas d’une force armée albanophone autonome (la FSK). De leur côté, les vétérans de l’UCK (Armée de libération du Kosovo) et du TMK (Ancien Corps de protection du Kosovo) manifestent contre les méthodes de recrutement du FSK. Les candidats se doivent de parler le serbe, ce que les kosovars d’origine albanaise n’admettent pas.

Mitrovica : cette ville synthétise toutes ses tensions. La rivière Ibar, au cœur de la cité, illustre la fracture entre la population. Au Sud, les quartiers sont majoritairement albanophones et calmes. Les habitants bénéficient d’infrastructures récentes, des lignes de bus desservent toute la zone.

Des Français patrouillent

Au Nord, la population d’origine serbe s’est installée dans des quartiers plus vétustes. Environ 45 000 personnes vivent en vase clos. Seul lien entre ces deux communautés : un pont. Sur l’Ibar, le pont Austerlitz est emblématique. Au Nord, le dinar serbe, au sud, l’euro. Au Nord, les serbophones, au sud, les albanophones.

À quelques mètres de l’ouvrage, le bataillon français fait figure de tampon. La KFOR française (Force armée au Kosovo) a installé depuis la fin du conflit ouvert un point de force avec 148 soldats et des dizaines de véhicules blindés. Le rôle de la base avancée, nommée Concession : veiller à maintenir lapaix entre les communautés.

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Le pont Austerlitz sur l’Ibar
Reconstruit par la KFOR, le pont austerlitz est la seule passerelle vers la paix.

L’arrivée de l’EULEX et de la FSK peut compliquer et raviver les rancœurs. Les juges européens doivent suppléer pendant une période aux juges locaux. Le problème de la communauté serbophone est qu’elle ne veut pas être jugée par des magistrats kosovars et vice versa.

Dans les rues de la ville, les soldats français tentent de désamorcer les problèmes. Chaque jour, des patrouilles s’élancent à travers les quartiers nord.

Neuf militaires s’avancent en colonne. Fusil mitrailleur dans le dos pour effacer toute provocation, la vigilance est permanente. Après le pont, une longue avenue se profile. Au centre des quartiers, l’avenue Kraljapetra Privog est un point de rencontre pour la jeunesse serbophone. Mais dans les moments de tensions, les groupes s’y rassemblent et les heurts peuvent éclater rapidement. Un point névralgique que les français ont placé sous haute surveillance.

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Les Français patrouillent
La vigilance est le mot d’ordre du bataillon français à Mitrovica

Non loin de là, une rue marchande. En remontant sur le haut de Mitrovica, cet axe est le plus commerçant et le plus calme de Mitrovica Nord. Dans les petites échoppes les kosovars d’origine serbe vivent au rythme de l’hiver. Au milieu de la fourmilière, la section armée prend le pouls du terrain. Au détour dun étal, les militaires pénètrent dans un petit bar. Autour d’un thé, français et kosovars serbophones échangent quelques mots sur leur quotidien. Les hommes de la patrouille sont là depuis deux mois. Les riverains connaissent leurs uniformes et sont habitués à leur présence. Mais ce calme apparent peut s’évaporer en quelques minutes. Une simple rumeur peut provoquer très rapidement une émeute.

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Zone marchande dans Mitrovica Nord
Dans la rue commercante, les militaires français sont au contact de la population serbophone.

Mafia et nationalisme

Après trente minutes de marche dans les rues de Mitrovica, les soldats français s’approchent du tribunal de la ville. Ce bâtiment est emblématique. Le 17 mars 2008, de violents affrontements ont éclatés. Des manifestants serbophones ont pris d’assaut le lieu. Le prétexte de ces troubles, la présence de juges albanophones au tribunal. La KFOR et le bataillon ont été pris pour cible par des tirs d’armes automatiques. Depuis, la sécurité a redoublé autour du lieu. L’endroit, symbole du conflit intercommunautaire, est sous la surveillance du régiment français et belge.

En contrebas du tribunal, en direction de la rivière Ibar, la communauté serbophone s’est appropriée un quartier entier. Plus connue sous le nom de Little Bosnia, la zone abrite les nationalistes d’origine serbe. Une zone de non droit où français et belges tentent de faire respecter l’ordre. À tout moment, un regard, un signe de la main peut déclencher une bagarre, une émeute.

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Immersion en Little Bosnia
Dans la petite bosnie, les soldats belges de la KFOR ne sont pas les bien venus.

Au passage des soldats, les civils affichent un grand sourire, pas forcément amical. Dans la petite Bosnie, la mafia serbe a pris le pouvoir. Soutenues et financées par les autorités de Belgrade, de véritables sections nationalistes y ont vus le jour. Mafia et radicaux serbes ne font désormais plus qu’un. À l’insu de la KFOR, les serbes souhaitent plus que tout réaffirmer leur présence dans cette contrée qui fût, pendant des années, le berceau d’un conflit fratricide.

Crédits Photos : Paul Bouffard

Paul Bouffard / Samantha Lille / Julie Segala / Mathieu Michal

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