La probabilité d’une grève générale en NBA, la ligue de basket nord-américaine, ne cesse d’augmenter. Joueurs et patrons de franchises (clubs) n’arrivent pas à trouver un accord sur la réduction des salaires afin de limiter les coûts.« J’espère que les hommes sages vont s’accorder avant de détruire la poule aux œufs d’or ». George Eddy, le consultant vedette de Canal + pour le basket US, ne croit pas si bien dire. Car la NBA, cette formidable cash machine du sport US, est en train de se tirer une balle dans le pied. A l’heure de renégocier les salaires pour les prochaines années, joueurs et propriétaires de franchise campent sur leur position. Si aucun accord n’est trouvé, une grève générale pourrait conduire à l’annulation du prochain exercice.
Le fonctionnement de la ligue est régit par le Collective Bargaining Agreement (CBA) signé par l’union des joueurs et la ligue. L’accord actuel date de 2005 et prend fin au terme de la saison 2011. A l’heure actuelle, les négociations entre les deux parties sont au point mort. Si aucun nouvel accord n’est trouvé d’ici le prochain début de saison, les franchises seront dispensées de verser les salaires aux joueurs, qui eux, ne seront plus obligés de jouer. La NBA se retrouverait alors dans une situation de « lock-out », autrement dit de grève.
En 2010, la ligue a annoncé des pertes avoisinant les 370 millions de dollars. Pour cette année, le déficit avoisine les 350 millions de dollars. David Stern, le dirigeant historique de la NBA souhaite réduire la part globale des salaires (environ 2,1 milliards de dollars) de 38% afin d’économiser environ 800 millions de dollars. Dans ces conditions, les joueurs eux, prônent le statut quo.
« Avec la crise, les ventes de billets et les revenus du sponsoring ont baissé », avance George Eddy. Toutes les franchises ne sont pas dans la même situation pour autant : des équipes comme les Los Angeles Lakers ou les Chicago Bulls s’en sortent très bien. Ce qui fait dire à Bouna N’Diaye, l’agent de joueurs qui représente une bonne partie des Français évoluant en NBA, qu’il n’y a « pas de crise, que des mauvais gestionnaires ».
Avec un salaire moyen d’environ 5,5 millions de dollars par saison, la NBA est le sport collectif où les joueurs sont le mieux payés. « C’est trop cher et scandaleux par rapport à un médecin, c’est sûr, concède George Eddy. Mais le bon joueur de basket est un talent rare, comme un grand chanteur ». Même son de cloche du côté de Franck Verrechia, journaliste à Mondial Basket : « Les stars font tourner toute une industrie du spectacle, c’est normal qu’ils en touchent les dividendes ». Pour Bouna N’Diaye, personne ne met « le couteau sous la gorge des propriétaires » pour signer de tels contrats. « Si un businessman met autant d’argent sur tel ou tel joueur, c’est qu’il sait qu’il s’y retrouvera ». Un investissement pas sans risque : il arrive parfois que des joueurs ne répondent pas aux attentes.
Pas de doute pour Bouna N’Diaye : « Les deux camps sont trop opposés. Chacun demande beaucoup trop ». George Eddy, lui, se veut plus optimiste. « Les propriétaires veulent une réduction des salaires de 38% quand les joueurs veulent rester au même niveau. Comme d’habitude, ils vont couper la poire en deux et l’affaire sera réglée », explique le Franco-américain. Néanmoins, le passé prouve que le scénario d’une grève est plus qu’envisageable. La saison 98-99 n’avait démarré qu’en février et avait été amputée d’une trentaine de matchs, faute d’accord trouvé en début de saison. En 2004, la saison de NHL, la ligue américaine de hockey sur glace, avait dû être annulée pour des problèmes liés aux salaires. L’agent de joueurs français n’exclut par pour autant qu’une prolongation d’un ou deux ans du règlement actuel soit signée pour laisser plus de temps aux négociations.
Ils sont nombreux à étudier cette possibilité. « David Stern a été très clair, rappelle George Eddy. Si les salaires ne sont pas versés, les joueurs sont libres d’aller jouer ailleurs ». Bouna N’Diaye ne fait pas de mystère : « Tout le monde est inquiet, certains veulent aller en Europe le temps que ça se passe ». Cependant, les grosses stars américaines ne devraient pas partir. « Il y a un gros paradoxe, avance l’agent. Pour un gars comme Lebron James (le meilleur joueur de la ligue) c’est super risqué d’aller en Europe alors que pour d’autres (majoritairement européens), cela peut être très intéressant financièrement ».
« Ce combat entre les joueurs millionnaires et les propriétaires dégoûte l’Américain moyen ». Fidèle à son franc parler, George Eddy se souvient que le « lock-out » d’il y a douze ans avait été « désastreux en terme d’image ». Charles Barkley, légende de la NBA des années 90, estime pour sa part « qu’il serait catastrophique d’avoir un lock-out en plein milieu d’une période de récession. Vous ne pouvez pas dire aux gens que des gars qui gagnent 10 ou 15 millions de dollars vont faire la grève ». A Bouna N’Diaye de cocnlure : « Il y a un problème mais c’est aussi ça le capitalisme américain ». Tout un programme.