Moyen-Orient
mercredi 9 décembre 2009, par abdel.pitroipa

Ahmadinejad persiste et signe. Seulement deux jours après avoir été condamné par l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA) pour son refus de coopération, le gouvernement iranien a annoncé la construction prochaine de dix nouvelles centrales d’enrichissement d’uranium. Malgré l’accroissement des pressions internationales, Téhéran s’obstine à poursuivre son programme nucléaire au risque de voir les grandes puissances durcir leurs positions et envisager des options plus sévères. Détails de celles-ci de la plus indulgente à la plus dure.
Jusqu’ici toutes les parties ont cherché des solutions politiques à la crise du nucléaire iranien. La dernière proposition en date était de suggérer à l’Iran d’enrichir son uranium en France et en Russie. Un transfert garantissant ainsi la possibilité d’une surveillance des activités du régime mais jugé inacceptable par les autorités iraniennes. Celles-ci font pourtant toujours mine de coopérer et ont récemment déclaré par la voix d’Ari Larijani, le président du Parlement que « l’Iran (allait) poursuivre ses activités dans le cadre et sous la supervision de l’AIEA ». Mais ces affirmations sont jugées peu crédibles après la découverte par l’Agence onusienne de la construction dissimulée d’un second site nucléaire près de Qom dans le nord-ouest du pays. Face à cette « mauvaise foi » d’un régime qui semble chercher à gagner du temps, Barack Obama pourrait abandonner sa politique de la main tendue.
En effet, les Etats-Unis pourraient se tourner maintenant vers des sanctions financières pour forcer Mahmoud Ahmadinejad à respecter le traité de non-prolifération dont l’Iran est un des signataires. « Il faut s’attendre à des contraintes plus grandes sur les échanges », estime l’iranologue Yann Richard, professeur à la Sorbonne. Déjà pénalisée, la République islamique doit passer par les Emirats du Golfe Persique pour chaque achat effectué à l’étranger. Bien que productrice de pétrole, elle doit importer plus de la moitié de son carburant. « Si les américains bloquent ces importations, le ralentissement accru de la vie économique va rendre le régime encore plus odieux à l’opinion publique », ajoute le spécialiste. Sur son territoire, l’Etat américain a récemment saisi des avoirs appartenant à une banque iranienne suspectée de financer le programme nucléaire.
« La meilleure option d’Obama, c’est de privilégier toutes les mesures de coercition politiques, économiques et diplomatiques avant de considérer une quelconque intervention armée avec Israël », considère Yann Richard. Engagés dans les deux conflits d’Irak et d’Afghanistan, les Etats-Unis n’ont pas vraiment les moyens d’ouvrir un nouveau front dans la poudrière du Moyen-Orient. Exclue jusqu’à présent, une action militaire fortement incitée par l’Etat hébreu, n’est pas inenvisageable, mais nécessite des motifs graves comme une agression ou une atteinte sérieuse aux intérêts américains.
Conscient de ce risque, le président iranien se garde bien d’agresser l’ennemi américain autrement que verbalement. Il continue à prétendre que son programme nucléaire, une question de souveraineté nationale, selon le régime des mollahs, n’a que des prétentions pacifiques.
La crise en cinq dates :
31 juillet 2006 : le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution enjoignant l’Iran à stopper son programme d’enrichissement de l’uranium sous peine de sanctions.
21 septembre 2009 : l’AIEA découvre la construction secrète d’une centrale nucléaire à Fordow près de Qom dans le nord-ouest du pays
27 novembre : l’AIEA condamne l’Iran suite à son refus de coopération
29 novembre : l’Iran annonce la construction de 10 centrales d’enrichissement d’uranium
Début 2010 : les pays occidentaux vont soumettre une proposition d’alourdissement des sanctions sur l’Iran au Conseil de sécurité des Nations Unies