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Nuisances aériennes : l’enfer continu

jeudi 1er avril 2010, par Fanny Regnault

Faire un barbecue avec ses voisins, ouvrir ses fenêtres aux beaux jours ou encore passer des nuits entières sans interruptions, tout cela parait parfaitement normal pour la plupart des français. Seulement voila, ces faits quotidiens deviennent vite impossible lorsque l’on a le malheur d’habiter à proximité d’un aéroport. En France, 500 000 riverains sont dans cette situation dont 300 000 pour la seule région parisienne.

Véritable phénomène de santé publique, le bruit des aéroports peut entraîner de graves conséquences sur la santé des riverains. Une récente étude de l’observatoire régionale de la santé d’Ile-de-France (ORS), démontre que les nuisances aériennes provoquent de graves problèmes comme une augmentation de la fréquence cardiaque, une boulimie, un comportement dépressif et même des troubles de la sexualité. Chez les enfants, les conséquences sont encore plus alarmantes. On a pu constater un taux d’erreurs de compréhension en classe quatre fois plus élevé ainsi qu’un apprentissage de la lecture retardé. Tout cela sans oublier les conséquences de fatigue et de stress générées par un sommeil non réparateur. Des relevés ont été faits à St-Brice-sous forêt et à Soisy-sous-Montmorency la nuit. On a pu constater que le niveau sonore à ne pas dépasser celons l’OMS (à savoir 45 dBA) pour avoir un sommeil réparateur était largement franchit, et ce même avec les fenêtres fermées. Lorsque Madame Lassiva, habitante d’ Enghien-les-Bains, ouvre ses fenêtres pour aérer son appartement, elle ne s’entend même plus parler. « Un avion passe au dessus de nos têtes toutes les trois minutes et sûrement pas toujours à la hauteur autorisé. J’habite ici depuis 10 ans mais je ne m’y habitue pas, c’est toujours aussi infernale ». Pour pallier à ses nuisances sonores, plus de 100 associations de riverains se sont crées ces 20 dernières années. On en compte une vingtaine pour le seul aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Parmi elle l’APELNA (Association des communes d’Ile-de-France pour la Protection de l’Environnement et la Limitation des Nuisances Aériennes) qui a récemment fait parler d’elle lors de la mise en place de la Charte de Qualité de l’Environnement Sonore établit lors du dernier Grenelle. Les nouvelles mesures ont étés jugées plus que timides. « Quand on parle de développement durable, les nuisances doivent être à la baisse, pas l’inverse » note Yanick Paternotte, président de l’association. Cela fait bientôt 10 ans que l’APELNA se bat pour obtenir les mêmes réglementations pour Roissy que celles récemment instaurées à Orly. Roissy est en effet le seul aéroport français ne possédant pas de limitation de ses mouvements ni de couvre feu. Et pour cause, il est celui le plus chargé entre 22 heures et 6 heures du matin. Chaque nuit, c’est prêt de 61 000 atterrissages et décollages qui s’effectuent troublant ainsi le sommeil de milliers d’habitants. Cette nouvelle charte de l’environnement demandé par le Président et les associations ne comporte pas non plus de décret en ce qui concerne les « descentes en profil continu » qui contribuent à une large réduction du niveau sonore lors de l’atterrissage. Cette mesure est pourtant effective depuis 2008 à Orly.

Malheureusement, les citoyens plaignant pèsent relativement peu face à la réalité économique d’une activité créatrice d’emplois.

C’est effectivement 600 entreprises qui sont implantées à Roissy employant ainsi 45 000 personnes. Les plages horaires les plus nuisibles sont aussi les plus rentables. Pour la compagnie Fedex, la suppression des plages horaires de 23 heures à 1 heure du matin entraînerait un délai de 24 heures supplémentaires pour le cheminement des colis ce qui aurait pour conséquences de supprimer 2000 employés de nuit. Malgré la récente prise de conscience des acteurs du secteur aérien, la densification du trafic se poursuit inexorablement. On compte aujourd’hui jusqu’à un avion par minutes à l’aéroport de Roissy. Ces dernières années ont étés jalonnées d’événements annonciateurs de cette évolution : multiplication des pistes des aéroports et développement spectaculaire du fret avec l’arrivée dans les années 90 de Fedex et des compagnies low cost. Outre les associations de riverains, des organismes existent pour faire appliquer les décrets environnementaux. Parmi eux, l’ACNUSA (Autorité de Contrôle des Nuisances Aéroportuaires) qui a le pouvoir de sanctionner les avions en situation d’infraction. En 2007, 676 amendes envers différentes compagnies ont été distribuées pour un montant total de 5 millions d’euros. L’un des engagements du Grenelle de l’environnement a été d’instauré à Roissy depuis le mois d’avril 2009 un nouveau dispositif consistant en la possibilité de moduler suivant un principe de « bonus malus » la redevance d’atterrissage en fonction des performances acoustiques des avions et de la période de la journée. L’effet attendu est d’inciter les transporteurs aériens à poursuivre la modernisation de leurs flottes et à utiliser de préférence les plages de journées à celles de nuits. Les avions les plus bruyants représentent en effet 20% du trafic et 60% du bruit. Victoire certes, mais minime estiment les associations qui accuse la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile) et les compagnies de « ne pas avoir la volonté de fournir de réels efforts » explique Patrick Kruissel président de l’ADVOCNAR. Pourtant des solutions existent. A l’aéroport de Gatwick à Londres il n’y a que 5 atterrissages par nuit pour le même nombre de passagers qu’à Roissy ce qui représente sept fois moins de nuisances pour les riverains. L’utilisation d’appareils pouvant accueillir un plus grand nombre de passagers serait également un bon compromis. Pourtant, les conflits entre associations de riverains et gestionnaires d’aéroports se multiplient. Dans 10 ans, ont estime à 120 millions par ans le nombre de passagers qui transiteront à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle.

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credit photo : Charlou

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Fanny Regnault

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