Le trafic d’héroïne dans le monde
En 2008, l’Afghanistan a produit quelque 7700 tonnes d’opium, alors que la demande mondiale se situe aux alentours de 5 000 tonnes par an. Près de 30% de l’économie afghane proviendrait du commerce de l’opium. Ce pays appartient au croissant d’Or (avec l’Iran et le Pakistan) qui, avec le Triangle d’or, (Birmanie, Laos, Thaïlande) sont les deux plus grandes régions productrices d’opium au monde. L’amalgame est rapidement trouvé : l’Afghanistan est souvent présenté comme un « narco-Etat ». Un terme que conteste vigoureusement Pierre-Arnaud Chouvy, chercheur au CNRS et spécialiste de la géopolitique des drogues illicites : « ce terme ne signifie rien, la taille des exploitations en Afghanistan est très modeste, la surface du territoire afghan où sont cultivées les fleurs de pavot représente entre 1,5 et 4 % du territoire, ce qui remet en question l’idée largement répandue de narco-état ». Ce raccourci provient surement du fait que les principales régions productrices d’opium sont le Helmand et la région de Kandahar, soit des bastions talibans.
Dix kilos d’opium pour un d’héroïne
La transformation de l’opium en héroïne se fait de plus en plus sur le territoire afghan, et non plus seulement dans les pays traversés par les routes de la drogue. « Toutefois, la Turquie et les Balkans sont des lieux où la transformation chimique de la morphine en héroïne est fréquente », indique le chercheur. Au niveau des rendements, pour obtenir un kilogramme d’héroïne, il faut un kilogramme de morphine-base, lui-même obtenu à partir de 10 kg d’opium, qui sont obtenus à partir de 500 000 fleurs de pavot, soit environ la récolte obtenue sur deux tiers d’hectare. La transformation de l’opium en héroïne se fait par un processus chimique. « Une capsule se forme sur la tige de la fleur de pavot, après incision de la capsule, on récolte un latex, c’est l’opium. Il possède des principes actifs, dont la morphine qui, après avoir été isolée sera transformée en héroïne par un processus chimique », précise Pierre-Arnaud Chouvy.
Le carrefour turc
Après l’étape de la transformation vient le temps du transport. Il existe deux chemins principaux de l’approvisionnement en héroïne de l’Afghanistan jusqu’à l’Europe. L’itinéraire nord part du nord de l’Afghanistan, l’opium –ou l’héroïne- transite par le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kazakhstan et la Russie pour arriver jusqu’aux Etats-Baltes et permettre à la drogue d’arriver jusqu’en Europe occidentale. L’itinéraire sud, également appelé « route des Balkans » est le chemin préférentiel : il passe par l’Iran, la Turquie et les Balkans. Ce que confirme Tim Boekhout Van Solinge, dans son ouvrage L’héroïne, la cocaïne et le crack en France (CEDRO, 1996) : « La Turquie joue un rôle-clé dans la distribution de l’héroïne en France, elle bénéficie notamment d’un réseau important de contacts par l’intermédiaire de la diaspora turque ». La culture du pavot rentre souvent dans le cadre d’une polyculture pour les agriculteurs afghans. A titre de comparaison, près de 15 000 hectares de pavot sont récoltés en France chaque année. Les fleurs de pavot sont utilisées pour la production de morphine pharmaceutique.
Note : L’utilisation d’héroïne à des fins médicales est interdite en France depuis 1971.