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Qui connaît monsieur Van Rompuy ?

jeudi 7 janvier 2010, par abdel.pitroipa

Celui qui préside théoriquement aux destinées de l’Union Européenne depuis le premier janvier, et pour deux ans et demi est une personnalité assez peu connue.

« Je recherche l’ombre en été et le soleil quand l’été prend fin », dès l’automne ce désir exprimé par Herman Van Rompuy dans un haïku [1] a été exaucé. Au-delà même, c’est plusieurs cycles de saisons qu’il s’apprête à passer sous les feux de la scène Européenne. A l’instar de sa prose sibylline, l’illustre inconnu, devenu patron de l’Europe, inspire le mystère. En dehors des frontières du Royaume Belge, personne, ou presque, n’avait encore entendu parler du premier ministre belge avant sa désignation par les 27 pays membres de l’UE. Alors quand la décision des dirigeants de l’Union a été révélée en novembre dernier, c’était la déception chez ceux qui s’attendaient à un casting de star. Les critiques ont été cruelles à ce moment-là : « inodore, incolore et sans saveur » avait même persiflé Marie Noëlle Lienemann, ancienne vice-présidente du Parlement européen à propos du lauréat. Dubitatifs, les médias européens avaient en cœur déploré ce choix austère.

Il faut dire que l’homme cultive la discrétion, à croire qu’il en a fait une stratégie visant à assurer son ascension politique. Là où certains ont choisi la lumière, misant sur la surexposition médiatique pour se faire connaître et plébisciter, Van Rompuy, lui, semble avoir préféré l’effacement. Mais l’examen du parcours politique du sexagénaire, vient apporter de sérieuses nuances à ce jugement hâtif.

Allers-retours aux devants de la scène

Sans cesse, au cours de sa carrière politique, ce catholique pratiquant a alterné entre la stricte réclusion du pilier de monastère et le prestige du sacerdoce. Dès 1973, il assume des responsabilités de vice-présidence de son mouvement, le Christelijke Volkspartij (CVP) ancêtre du parti démocrate chrétien flamand actuel. Membre du cabinet du premier ministre Tindemans dans la seconde moitié des années 70, ce docteur en sciences économiques fuit les ors des palais pour le milieu de l’enseignement durant la décennie suivante. « Après la psalmodie, le silence tombe lentement… », écrira t-il encore. Un pied dehors, l’autre dedans, il garde néanmoins la main sur les grandes orientations de son parti en y siégeant à la direction.

C’est à ce moment que se développe son profil d’éminence grise, une image qui lui colle à la peau depuis lors. A partir de 1982 et pour les vingt années à venir, aucun gouvernement ne se fera et ne se défera sans qu’il ne participe activement et de manière déterminante à son élaboration. Ses galons de grand architecte acquis, il prend la tête de son parti en 1988 avant de devenir ministre du Budget et vice-premier ministre cinq ans plus tard.

Viens la traversée du désert avec le basculement du CVP dans l’opposition à la défaveur des élections en 1999. C’est à cette période que le député fédéral se découvre poète sur le blog qu’il tient entre deux séances à la Chambre des représentants. « L’homme politique serait beaucoup plus serein et heureux s’il limitait son contrat », peut-on y lire entre autre pensées. Mais l’ivresse des sommets est beaucoup trop forte. En 2007, Van Rompuy se fait élire président de la Chambre des représentants.

Une réputation de fin tacticien

Se faire oublier pour mieux se rappeler au bon souvenir. Il semble que la tactique fonctionne pour l’homme d’Etat. Ses services de négociateur sont régulièrement sollicités par le roi Albert qui le nomme tour à tour « explorateur » puis « conciliateur » pour constituer une équipe gouvernementale lors de la difficile année 2007.

« Herman Van Rompuy est celui qui a réussi à maintenir l’unité de la Belgique à un moment où elle était menacée de division », analyse Alain Dauvergne du Think tank Notre Europe. En quarante années d’expérience politique, le technocrate est passé maître dans l’art du compromis. Finalement poussé en 2008 à accepter la charge de premier ministre face à l’impéritie du gouvernement Leterme, il a su apaiser la crise belge. Ce succès, à relativiser toutefois, tant la cohésion retrouvée est fragile, a procuré à l’homme un véritable crédit et une popularité auprès des belges.

C’est cette aptitude à trouver le consensus qui à justifié le choix des chefs d’Etats et de gouvernement des 27. Paradoxalement, celui qui était décrit comme le marionnettiste du jeu politique belge est d’emblée suspecté à son tour, d’être devenu un pantin, aux mains des puissants de l’Europe. Parce que l’imprévisible politicien pourrait bien surprendre à l’œuvre, rien ne permet d’être aussi présomptueux. C’est au terme de son mandat, deux ans et demi, que le nouveau président du Conseil européen entame qu’il sera vraiment possible d’en juger.

Abdel Pitroipa, Luc Van Braekel

Notes

[1] Forme de poèmes japonais succincts

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