La réforme des retraites sera le grand chantier du gouvernement en 2010. "Il faudra que tout soit mis sur la table : l’âge de la retraite, la durée de cotisation et la pénibilité", annonçait Nicolas Sarkozy en 2009 lors de son allocution au Congrès. Une réforme indispensable selon l’Elysée. Trois options se présentent pour le gouvernement, s’il veut financer les retraites avec le système actuel : augmenter la durée des cotisations, diminuer les retraites ou augmenter le montant des cotisations. Cette dernière solution n’a jamais été mise en avant par Nicolas Sarkozy. Reste donc l’allongement des durées de cotisations, de l’âge de départ à la retraite (ce qui revient a peu près au même) ou encore la diminution des pensions. Des variables inchangées depuis 1990, en dehors des régimes spéciaux et de la loi Fillon de 2003, jugée aujourd’hui inadaptée. Dossier épineux au possible, les retraites n’ont jamais véritablement pu être réformées, ou alors dans de mauvaises conditions. Le contexte économique va rendre une telle réforme encore plus difficile à mettre en place. Si la réforme Fillon pouvait être valable économiquement, la crise l’a rendue caduque, avec un taux de chômage bien supérieur aux prévisions les plus pessimistes. « Il est difficile de prôner une augmentation de la durée de cotisation étant donné la difficulté d’emploi des séniors. Il y a une différence entre l’expérience d’activité professionnelle (ndlr : le nombre d’année pendant laquelle une personne peut espérer travailler), qui diminue, et la durée des cotisations qui augmente », explique Pierre Concialdi, économiste et chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires). La France, actuellement, est à la traine au niveau de l’emploi des 55-64 ans, avec seulement 38% d’emploi. « N’oublions pas que tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne. En plus du problème global engendré, on risque de creuser ainsi les inégalités au sein d’une même génération », ajoute-t-il.
En voulant enrayer le « déficit croissant » des régimes de retraite, le gouvernement va obligatoirement diminuer les pensions. « On paupérise les retraites si on augmente la durée de travail, car il n’y a pas d’emploi », explique Jean-Marie Pernot, chercheur à l’Ires. S’il faut travailler plus longtemps mais qu’il n’y a pas d’emploi, alors le risque de se retrouver avec le minimum contributif grandit. Ce minimum, c’est le montant perçu pour une retraite si la personne a cotisé mais n’a pas perçu de salaire assez important (comme dans le cas des temps partiels). En somme, cela correspond à la retraite minimum que l’on peut toucher en ayant travaillé. Il s’élève aujourd’hui à environs 600 € par mois, sans compter les retraites complémentaires. Entre 1990 et 2007, le taux de retraités touchant ce minimum est passé de 19 à 40 %, d’après Pierre Concialdi. Une augmentation de la durée de cotisation et de l’âge du départ à la retraite ne ferait qu’empirer ce phénomène d’appauvrissement des retraités. « Il faut savoir si l’on accepte de financer la retraite ou si on veut la comprimer », lance Jean-Marie Pernot. C’est là le nœud du problème. Le gouvernement ne souhaite pas financer les retraites, ou du moins il ne le montre pas. En souhaitant diminuer les coûts alors que le nombre de retraités augmente, du fait de l’accroissement de l’espérance de vie, le gouvernement va obligatoirement diminuer les revenus des retraités. « Mais les coûts qu’on économise sur les retraites se retrouvent ailleurs. Avec un pouvoir d’achat moindre, les retraités consomment moins, ne font pas tourner l’économie, note Jean-Marie Pernot. De plus, une diminution de leurs revenus entraine une moins bonne hygiène de vie, ce qui implique une augmentation des dépenses de santé ». Une étude affirme qu’en Allemagne, les plus de 60 ans disposent de 316 milliards d’euros de pouvoir d’achat, soit environs un tiers de toute la consommation allemande, rien que ça.
Les solutions du gouvernement, si elles peuvent paraitre efficaces concernant le financement des retraites, ne le seront pas socialement. Elles risquent même de ne pas être profitables pour l’économie du pays. Les retraites posent avant tout la question du partage des ressources. Or, depuis 10 ans, le financement affecté au système de retraite n’augmente pas. « C’est un choix politique. L’augmentation des cotisations ne pose pas de problème au niveau économique », affirme Pierre Concialdi. Le fait est que le gouvernement ne souhaite pas, comme pour la Sécurité sociale, financer un système qui était par le passé bénéficiaire. Et à force de juguler les coûts, à force de diminuer les retraites, le risque de se tourner vers un système de capitalisation individuel augmente. Un tel système creusera à coup sûr les inégalités et ne serait pas plus efficace pour niveler les écarts entre générations. En effet, la capitalisation implique que les retraités qui ont investi leur argent en titre doivent les revendre aux jeunes actifs pour profiter de la retraite. Si les actifs sont moins nombreux, la valeur des titres chutera. Un tel système, loin des habitudes sociales françaises, ne résoudrait pas le problème actuel. Des solutions sont pourtant avancées. La première est l’augmentation des cotisations, soutenue par Pierre Concialdi. « Je ne vois pas comment faire autrement », affirme-t-il. « Si on ne fait rien, on va droit vers un appauvrissement des retraités », prévient-il. D’autres types de ressources pourraient aussi aider à financer les retraites, comme « faire appel à l’ISF ou taxer une partie des valeurs ajoutées des entreprises », lance Jean-Marie Pernot. Des pistes qui n’ont pas été avancées par les membres du gouvernement jusqu’à présent. Le besoin de financement des retraites s’élèvera, d’après le Conseil d’orientation des retraites, à 1 % du PIB en 2020. D’ici là, si ce besoin n’est pas financé, le contrat social mis en place à l’après-guerre sera rompu. Et « rompre le contrat social, c’est revenir au règne des appétits aveugles et des penchants égoïstes », disait Rousseau.