mardi 15 décembre 2009, par Laura Béheulière
Eric Besson n’a pas tenu parole : un nouveau charter d’Afghans devait prendre son envol hier, direction Kaboul. Mais cette fois-ci, la reconduite passe presque inaperçue. Le Ministère de l’Immigration s’est fait extrêmement discret sur le sujet, si bien que c’est la Cimade (service d’aide aux migrants) qui a dévoilé l’information le week-end dernier. Selon l’association, une des seules habilitées à intervenir dans les centres de rétention, 9 Afghans détenus depuis une vingtaine de jours à Coquelles et 2 autres Afghans retenus à Lille, se seraient vu notifier, samedi, leur renvoi par la police aux frontières (PAF).
Le 21 octobre dernier, trois Afghans arrêtés lors du démantèlement de la « jungle » de Calais avaient été renvoyés avec 24 autres migrants dans leur pays, lors d’un vol groupé organisé par Londres et Paris. La nouvelle avait suscité une véritable polémique et s’était propagée dans les médias et le débat politique à une allure fulgurante. Le ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner s’était même désolidarisé de son collègue. Face à cette déferlante médiatique, Eric Besson avait réagi et assuré qu’il n’y aurait « pas d’autres retours dans les jours qui viennent si la situation continuait à se dégrader » en Afghanistan, pays toujours en guerre. Le ministre aurait-il changé d’avis ? Il est resté en tout cas bien silencieux, refusant de confirmer ou infirmer les propos de la Cimade. C’est Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, qui a confirmé le vol, mardi matin au micro de RTL, ajoutant qu’il ne voyait pas « pourquoi la France ne le ferait pas, alors que le Royaume-Uni reconduit chaque année plus d’un millier d’Afghans ».
Confusion programmée ?
Eric Besson souhaitait-il éviter de salir un peu plus son image déjà bien ternie ? C’est ce que semble penser Vincent Lenoir, secrétaire général de l’association Salam (Soutenons Aidons Luttons Agissons pour les Migrants) : « Je pense qu’il voulait éviter le battage médiatique de la dernière fois », assure-t-il. Mais bien plus que le silence, c’est le mensonge que déplore la Cimade. L’organisation estime que les Afghans « ont été trompés par plusieurs de leurs interlocuteurs – dont un juge qui leur avait indiqué qu’ils n’avaient rien à craindre ».
Autour de cette confusion – programmée ? – la mobilisation a du mal à se mettre en place. Certes, certaines associations, comme Salam, ont appelé à manifester et sont descendues dans les rues de Calais dès dimanche soir, devant le centre de rétention de Coquelles, pour s’opposer au renvoi des onze Afghans. France Terre d’Asile et le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) ont également condamné tout renvoi forcé. Mais le mouvement ne connaît pas l’ampleur de la dernière fois. « On a appris la nouvelle samedi matin seulement, explique Vincent Lenoir. Il a donc été difficile de mobiliser les gens. » Peut-on parler d’indifférence ? « Pour moi, c’est surtout une indifférence de la part des médias qui ont peu relaté l’information. Et si la population n’est pas informée, elle ne peut pas se mobiliser ». Cette tiédeur dans la mobilisation s’explique aussi par la période : « Noël n’est jamais favorable », déplore Vincent Lenoir. Enfin, cette reconduite n’est plus une première : « La dernière fois, il y a eu plus d’échos car c’était un précédent ; aujourd’hui le tabou est déjà brisé. »
« Protection temporaire »
Malgré tout, quelques voix se sont élevées. Françoise Hostalier, députée UMP du Nord, a sollicité un moratoire au président de la République et au ministre de l’Immigration afin de retarder le renvoi des onze réfugiés en Afghanistan « tant que la sécurité n’y sera pas assurée ». Le Parti socialiste enfin, a demandé, lundi, la mise en place d’une « protection temporaire » pour les Afghans réfugiés.
Silence volontaire de la part d’Eric Besson ou couac gouvernemental, la confusion a en tout cas servi à étouffer dans l’œuf le mouvement de contestation contre les charters d’Afghans. Ce qui ne sera pas pour desservir le plan de communication de l’Elysée.