crédit:CTBTO photo/Sophie ParisSauf retournement de situation, Moussa Dadis Camara n’exercera plus le pouvoir. L’imprévisible capitaine qui s’est emparé du pouvoir en Guinée il y a un an a été mis sur la touche. Il vient littéralement d’abdiquer en faveur du numéro 2 de sa junte, et a donné son accord à un processus de transition démocratique auquel il était jusque là peu disposé, contrairement à son successeur.
A priori, il s’agit d’une « solution africaine », comme le souhaitait Bernard Kouchner ministre des Affaires étrangères français. Dans cette affaire, la France ne voulait pas se voir une fois de plus taxé d’ingérence dans l’une de ses anciennes colonies. Officiellement donc, ce sont les Guinéens eux-mêmes, sous la médiation du voisin burkinabè, qui sont parvenus à trouver une issue à la crise politique dont Dadis était un élément majeur.
Paris pourtant, n’a jamais fait mystère de son désir de voir le chef de la junte écarté du pouvoir. Aussi, quand celui-ci a été victime d’une tentative d’assassinat en décembre dernier, ses lieutenants ont-ils accusé le Quai d’Orsay d’avoir orchestré le complot. Des accusations aussitôt démenties par le chef de la diplomatie française. « On laisse même entendre que Nicolas Sarkozy et Sékouba Konaté se sont rencontrés », confie une source proche du dossier. Les séjours du président français et du remplaçant du président guinéen lorsqu’il s’est rendu à son chevet au Maroc, où il était soigné, coïncident en effet de façon troublante.
Tout au long de la convalescence de Dadis Camara, la France a fait pression pour qu’il ne soit plus en mesure de revenir aux responsabilités. A Ouagadougou, où les accords qui définissent les termes de la transition ont été signés manu militari par l’ex-dirigeant et la junte, les diplomates français n’étaient pas loin. La même source indique qu’il pourrait y avoir eu échange de bons procédés. Les alliés de Dadis se sont laissé convaincre de l’abandonner parce que « beaucoup sont menacés de poursuites par la CPI, alors ils se montrent souples pour bénéficier de circonstances atténuantes ». La hiérarchie militaire, le capitaine en premier, est impliquée dans la répression d’une manifestation de l’opposition qui a fait plus d’une centaine de morts, le 28 septembre dernier.