Faure Gnassinbgé
« Il n’y a ici ni clan, ni famille régnante », a déclaré Faure Gnassingbé dans les colonnes de Jeune Afrique. Difficile à croire puisque il n’est autre que le fils d’Eyadéma Gnassingbé, qui a gouverné le Togo d’une main de fer pendant près de 40 ans. Initialement prévu le 28 février, le scrutin présidentiel a été reporté au 4 mars. Mais un nouveau report de l’élection ne surprendrait personne. Sept candidats devraient se présenter contre Faure Gnassingbé, qui brigue un deuxième mandat. Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso a été nommé facilitateur du dialogue inter togolais. Un rôle difficile voire impossible tant les désaccords sont grands entre Faure Gnassingbé et l’opposition.
Le mode de scrutin, uninominal à un tour, est au cœur des débats. Ce type d’élection, mis en place à la faveur d’un changement de la Constitution en 2002 -pendant le « règne » de son père- favorise le népotisme, puisque le président togolais est élu à la majorité des suffrages exprimés mais sans recueillir une majorité absolue. Les changements de Constitution sont courants chez les Gnassingbé : en 2002, Eyadema avait baissé l’âge autorisé pour être président de 45 à 35 ans, soit l’âge de son fils à l’époque. Pour se justifier, Faure Gnassingbé indique que ce mode de scrutin « réduit la période de tensions ». Les élections togolaises sont connues pour engendrer des périodes de violence et de révoltes populaires. En 2005, la répression avait fait entre 100 et 800 morts selon les sources.
Eviction de candidats
Toutes les excuses sont bonnes pour évincer un candidat. Gilchrist Olympio, vétéran de la politique togolaise n’a pu se présenter car il n’est pas allé à une visite médicale. Kofi Yamgnane a lui été évincé en raison de dates de naissance différentes sur ses papiers d’identité français et togolais. D’après lui, le président de la cour constitutionnelle, Aboudou Assouma, aurait subi des pressions directes de la part des militaires pour invalider sa candidature. La fraude électorale est monnaie courante dans un pays où la corruption est largement répandue. Le corps électoral sera gonflé ou diminué en fonction des intérêts locaux : « Dans les fiefs de l’opposition, le gouvernement va baisser le nombre d’électeurs. Au Togo la palette de la fraude électorale est large avec des faux-électeurs, des électeurs itinérants et l’achat de votes », déplore Comi Toulabor, chercheur au Centre d’Etude d’Afrique Noir.
Devant ce simulacre de démocratie, des candidats ont provisoirement suspendu leur candidature. C’est le cas de l’ancien Premier ministre et poids lourd de l’opposition Yawovi Agboyibo, du Comité d’action pour le renouveau, et de Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, première femme à se présenter aux présidentielles pour « Convention démocratique des peuples africains » (CDPA). Par ces retraits, les candidats souhaitent « dénoncer les anomalies dans les révisions de listes électorales ». Une Commission électorale nationale indépendante (CENI) sera chargée de l’organisation, de la supervision et de la proclamation des résultats provisoires de l’élection au Togo. Mais avec un mode de scrutin taillé sur mesure, nul doute que Faure Gnassingbé obtiendra les voix pour se faire élire et marcher dans les pas de son père.