samedi 12 décembre 2009, par Laura Béheulière
Dans l’élégante salle d’un hôtel particulier, avenue Hoche, débute une vente aux enchères très singulière. Des Château Latour, Château Lafite, Château Margaux et autres Pouilly Fumé venus tout droit de la légendaire cave à vins de la Tour d’Argent, cherchent preneurs. Il est 14h et les acheteurs arrivent un à un, catalogue à la main, avant de prendre place sur des chaises rouge et or alignées sur plusieurs rangées. Il n’y a pas assez de place pour tout le monde et certains restent debout à l’arrière. Francs suisses, livres, yens : sur le panneau d’affichage des prix, différentes monnaies sont inscrites afin de permettre à chacun de suivre. La presse étrangère est également présente, témoin du succès de la vente et de la renommée du restaurant parisien.
Au total, plus de 18 000 bouteilles de prestige sont mises en vente pendant deux jours. Religieusement sélectionnées par le Chef sommelier David Ridgway, elles proviennent des 90m² de la cave de la Tour d’Argent qui n’en compte pas moins de 450 000. Parmi les grands noms et les vins de domaines moins connus, le choix est vaste pour les professionnels et particuliers venus assister à cette vente d’exception : Bordeaux, Bourgogne, vins de la Loire et spiritueux. N’allez pas y voir un signe de la crise, cette vente est simplement l’occasion pour le restaurant de renouveler sa carte qu’il souhaite davantage diversifiée. « Pour moi la comparaison la plus simple est celle de la vigne, estime David Ridgway. Car pour que la vigne repousse avec vigueur, il faut la tailler. »
Toutes les minutes, un nouveau lot est vendu
Dans la salle, les habitués côtoient les novices venus assister à la vente comme à un spectacle, pour le plaisir. D’autres se moquent gentiment des acheteurs, peut-être frustrés de ne pouvoir participer eux-mêmes. Certains enfin, sont là pour le business. C’est le cas de M. Bonnet, venu acheter pour son site de vente de vins en ligne. « Je recherche des grands crus de Bordeaux, explique-t-il. Mais ce ne sont pas des vins d’exception ; ils sont trop vieux, les étiquettes sont abîmées ». Un avis que ne partage pas la majorité du public puisque les bouteilles partent à une allure fulgurante. Tous sont en tout cas d’accord sur un point : les prix sont exorbitants, frisant parfois le « ridicule », bien plus élevés que ceux d’un caviste ou achetés directement au domaine.
Les commissaires priseurs annoncent enfin le début de la vente. Tout de suite, les prix montent, grimpent et donnent le vertige : 500, 550, 700, 1000 ! Adjugé ! Toutes les secondes, une nouvelle main se lève, toutes les minutes, un nouveau lot est vendu. Les bouteilles se succèdent à un rythme effréné, pendant plusieurs heures. Aujourd’hui, les prix atteignent des sommets : 3 300 euros pour un seul lot, 17 000 euros pour une bouteille de cognac.
Une bouteille à 25 000 euros
Le clou de la vente fut bien sûr la bouteille de cognac fine Champagne Clos du Griffier datant de 1788. Elle est partie pour 25 000 euros, soit dix fois son estimation de départ ! Acquise par Raphaël Zier, jeune entrepreneur français installé à Londres, ses bénéfices seront reversés à l’association Petits Princes qui aide les enfants gravement malades à réaliser leurs rêves. Avec une vente qui devrait dépasser le million d’euros, la Tour d’Argent peut trinquer à sa santé !