Le nouveau visage de l’Europe est à présent connu. C’est celui du peu glamour Herman Van Rompuy, l’actuel premier ministre belge. Une vraie déception pour ceux qui espéraient toujours une désignation du flamboyant Tony Blair dont le panache aurait pu faire jeu égal avec Barack Obama, président américain rayonnant sur la scène internationale.
Mais que reproche-t-on à Herman Van Rompuy ? Sans doute sa trop grande discrétion, à commencer par la scène politique belge où il s’est toujours efforcé d’être un homme de l’ombre tirant les ficelles du jeu politique. Qualifié de président « inodore, incolore et sans saveur », par Marie Noëlle Lieneman, ancienne vice-présidente du Parlement Européen, Van Rompuy se complaît pourtant dans son rôle d’homme invisible.
Et c’est bien là que se trouve le problème : trop pâle, trop « transparent », le nouveau président du Conseil apparaît comme une personnalité manquant de charisme et d’aura. Jusque-là inconnu hors du Benelux, sa carrure ne semble pas assez étoffée pour porter une Europe forte. Au contraire, sa désignation révèle le choix d’une Europe modeste qui manque d’ambition et d’audace.
« Il y avait deux conceptions opposées, analyse le politologue Alain Dauvergne, spécialiste des questions européennes au think-tank « Notre Europe ». D’un côté celle d’un chairman, un président à l’anglo-saxonne qui ne gouverne pas mais supervise ; et de l’autre celle d’un président effectif. Et c’est clairement la première qui a été choisie. » Les chefs d’Etats et de gouvernement des pays membres de l’Union n’étaient pas désireux de se mettre sous l’autorité d’un super-président, « primus inter pares ». Le choix d’un candidat qui ne soit pas en mesure de leur faire de l’ombre était donc délibéré.
Un président potiche, incapable de résister aux personnalités dirigeantes de l’Union, un homme de paille aux ordres de Paris et Berlin, voilà ce que l’on fustige en Herman Von Rompuy alors même qu’il n’a pas encore pris ses fonctions. Un point de vue digne la schizophrénie britannique qui a tout fait pour affaiblir l’UE et qui paradoxalement a souhaité une présidence « prééminente » selon le mot de Philippe Moreau-Defarges, politologue à l’IFRI (Institut français des relations internationales) : « On ne peut pas avoir un président fort dans une Union Européenne faible. C’était le moins mauvais choix ».
Le chef du gouvernement belge mérite-t-il vraiment ce mauvais procès ? Tout d’abord en ce qui concerne son prétendu manque d’expérience : nommé à la primature à un moment où la Belgique était au bord de la scission, il a su préserver l’unité. Un succès dû à son habileté reconnue pour le consensus qu’il réussit toujours à faire émerger. Or le compromis est en ce moment le cœur même de la politique intérieure d’une Union composée d’une multitude d’Etats aux intérêts pas toujours convergents. La récente ratification tchèque du traité de Lisbonne, obtenue péniblement après des mois de tractations, l’a encore prouvé.
Autre avantage que le premier président stable du Conseil a pour lui : la nouveauté de la fonction. « Elle n’est pas réellement définie par le traité de Lisbonne et elle reste à habiter. C’est lui qui en définira la stature et en établira la configuration, conclut Alain Dauvergne. Il ne faut jamais sous estimer la capacité d’un homme à se révéler dans une fonction. »